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La Serbie met en garde l'OTAN sur la sécurité de ses ressortissants au Kosovo

Le président serbe Aleksandar Vucic a appelé l'OTAN à «faire son travail» et à protéger les Serbes au Kosovo. Sans quoi, Belgrade prendra les choses en main pour sauver son peuple «des persécutions et des pogroms».

Après l'échec des négociations menées sous l'égide de l'UE entre les dirigeants serbes et autoproclamés du Kosovo, le président serbe Aleksandar Vucic a mis en garde le 21 août la force de maintien de la paix de l'OTAN au Kosovo : si elle ne fait pas «son travail» en protégeant les serbes de la région, Belgrade s'en chargera unilatéralement.

Nous sauverons notre peuple des persécutions et des pogroms, si l'OTAN ne veut pas le faire

Le nœud du différend entre le pays des Balkans et sa province sécessionniste est la volonté du Kosovo de déclarer invalides à partir du 1er septembre 2022 les documents d'identité serbes dans la région. Selon cette mesure, les citoyens serbes devront remplacer leur passeport par une pièce d'identité temporaire pour la durée de leur présence sur le territoire. De plus, les Serbes du Kosovo dont les véhicules ont des plaques d'immatriculation délivrées en Serbie devront les remplacer par des plaques immatriculées au Kosovo.

A l'annonce de cette mesure par les autorités autoproclamées du Kosovo, les tensions se sont exacerbées fin juillet, les Serbes du nord du Kosovo bloquant les routes et érigeant des barricades. Après intervention de l'UE, les autorités régionales du Kosovo ont finalement accepté de reporter ces mesures au 1er septembre.

«Nous n'avons nulle part où aller, nous sommes acculés», a fait remarquer le président serbe, dans une allocution télévisée après avoir rencontré des Serbes du Kosovo. «Nous sauverons notre peuple des persécutions et des pogroms, si l'OTAN ne veut pas le faire», a-t-il prévenu.

Bien que la Serbie et les autorités autoproclamées du Kosovo doivent reprendre les pourparlers, Aleksandar Vucic ne s'est pas montré optimiste quant à la possibilité de désamorcer la crise, affirmant que celles-ci avaient rejeté toutes les «solutions de compromis». «Nous chercherons un compromis au cours des dix prochains jours, mais je crains que le Rubicon n'ait été franchi depuis longtemps», s'est inquiété le chef d'Etat, accusant les autorités autoproclamées Kosovo de chercher à «éliminer définitivement le peuple serbe» de la province ; une affirmation démentie à plusieurs reprises par les autorités locales de Prestina.

Le président serbe a également reproché à l'OTAN de renforcer sa présence dans le nord du Kosovo, où vivent environ la moitié des Serbes de la région. La Force de paix au Kosovo (KFOR) dirigée par l'OTAN a déployé un nombre important de soldats à deux postes de contrôle à la frontière régionale du Kosovo, promettant d'intervenir si nécessaire. A l'heure actuelle, environ 3 600 soldats de l'OTAN sont stationnés au Kosovo.

Le Kosovo a déclaré son indépendance en 2008, et est reconnu par la plupart des pays Occidentaux mais pas – entre autres – par la Serbie, la Russie ou encore la Chine. Moscou accuse de longue date l'Occident d'alimenter le conflit entre Belgrade et sa province sécessionniste et de se servir insidieusement du conflit pour faire pression sur la Serbie afin qu'elle adopte des sanctions antirusses. De son côté, les autorités autoproclamées du Kosovo rendent la Russie responsable de l'escalade en affirmant que Moscou cherche à détourner l'attention internationale de son opération militaire en Ukraine.