France

Pancarte jugée antisémite à Metz : une enseignante interpellée, son domicile perquisitionné

Cassandre Fristot fait l'objet d'une enquête pour avoir brandi le 7 août une «pancarte au message manifestement antisémite» selon la police, qui «regarde si l'on trouve dans son logement de quoi expliquer ou conforter la présomption d'antisémitisme».

Une enseignante, ancienne membre du Front national et ex-élue locale, a été interpellée le 9 août à Hombourg-Haut, en Moselle, pour avoir brandi une pancarte jugée antisémite lors d'une manifestation contre le pass sanitaire le 7 août à Metz.

Selon la préfecture de la Moselle, le domicile de l'enseignante Cassandre Fristot a été perquisitionné le 9 août au matin. «La police regarde si l'on trouve dans son logement de quoi expliquer ou conforter la présomption d'antisémitisme», a précisé la préfecture, interrogée par l'AFP.

Plus tard dans la journée, le parquet de Metz a annoncé que l'enseignante sera jugée pour «provocation publique à la haine raciale» le 8 septembre prochain. «Elle y répondra du délit de provocation publique à la haine raciale par affiches ou placards», a précisé, dans un communiqué, le procureur de la République de Metz, Christian Mercuri. Elle encourt un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. 

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, qui avait dénoncé dimanche une pancarte «abjecte» et promis que ce geste ne resterait pas «impuni», avait lui-même annoncé le 9 août sur Twitter l'interpellation de la jeune femme. 

Le parquet de Metz avait ouvert la veille une enquête de flagrance sur cette «pancarte au message manifestement antisémite», selon la préfecture. Les noms de plusieurs responsables politiques, hommes d'affaires et intellectuels, dont certains sont juifs, y étaient ciblés.

Confirmant le statut d'enseignante de la jeune femme interpellée, le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer a annoncé qu'elle sera «suspendue en attendant les suites disciplinaires». «Sur le plan pénal, le recteur saisit le procureur», a ajouté le ministre.

Une ancienne chef de cabinet de Louis Aliot

Elue d'opposition au conseil municipal de Hombourg-Haut de 2014 à 2020 et ex-candidate FN aux législatives de 2012, Cassandre Fristot avait été brièvement chef de cabinet en 2013 de Louis Aliot, alors vice-président du Front National (devenu RN), avant d'être remerciée et de quitter le parti. 

Auprès de L'Indépendant, l'actuel maire de Perpignan a confirmé dès le 8 août : «Elle a été mon assistante pendant deux mois. Le temps que je l'embauche et que je la débauche. C'était une fille présentée par l'équipe de Philippot dans l'Est. Ça ne m'étonne pas qu'on la retrouve là. Ces dingueries ne me font pas rire du tout... C'est honteux», a déclaré l'ancien bras droit de Marine Le Pen.

Agée de 33 ans, Cassandre Fristot a perdu aux élections municipales de Hombourg-Haut en 2020, malgré le soutien de Thomas Joly, président du mouvement nationaliste Parti de la France, une formation fondée en 2009 par d'anciens membres du Front National, dont Carl Lang. 

Une autre manière de dire qu'on n'aime pas les juifs

Sur la pancarte brandie à la manifestation messine rassemblant 3 800 personnes selon la police, les noms encadraient le slogan «Mais qui ?», apparu à la suite d'un entretien en juin sur la chaîne CNews avec un général à la retraite, Daniel Delawarde, signataire en avril d'une tribune de militaires évoquant «le délitement» de la France. A la question «qui contrôle la "meute médiatique" ?» et après plusieurs relances, il avait répondu «la communauté que vous connaissez bien», avant d'être coupé par le présentateur, Jean-Marc Morandini.

Pour la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), ce slogan est «une autre manière de dire qu'on n'aime pas les juifs». La Licra avait annoncé dès le 8 août son intention de porter plainte contre Cassandre Fristot et SOS Racisme a dit «étudier» la possibilité de poursuites judiciaires.

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France Francis Kalifat a indiqué sur Twitter avoir demandé à l'avocat de l'organisation «de déposer plainte au nom du Crif contre Cassandre Fristot identifiée comme la personne portant la pancarte antisémite lors d’une manifestation antivax».