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Londres a-t-il fait du lobbying auprès de l'Equateur pour mettre fin à l'asile d'Assange ?

Selon des documents déclassifiés, le gouvernement de Theresa May aurait payé plusieurs voyages à des responsables politiques équatoriens dans les mois précédant la résiliation de l'asile politique de Julian Assange.

La résiliation en avril 2019 de l'asile politique accordée par l'Equateur au fondateur de WikiLeaks Julian Assange a-t-elle été orchestrée en coulisses par le gouvernement de Theresa May ? C'est ce que semblent indiquer des documents déclassifiés du ministère britannique des Affaires étrangères obtenus par le média d'investigation Declassified UK.

Selon ces documents, la chef du gouvernement se serait vu conseiller en mars 2018 par Alan Duncan, alors ministre et homme-clé des négociations ayant abouti à l'emprisonnement de Julian Assange, de «passer la pommade» au président de l'Equateur Lenin Moreno. L'objectif : que ce dernier expulse le lanceur d'alerte de l'ambassade de son pays au Royaume-Uni, où Assange avait trouvé refuge depuis juin 2012.

Des visites officielles payées par le gouvernement britannique

Le média ajoute que dans le cadre de cette campagne de lobbying, le gouvernement britannique aurait dépensé par la suite 20 000 livres pour financer plusieurs voyages de responsables politiques équatoriens au Royaume-Uni, dont le ministre de la Défense Oswaldo Jarrin en novembre 2018.

L'«objectif principal» officiel de cette visite, selon les documents du ministère britannique, aurait été la «participation» de Jarrin à une simulation de lutte contre le terrorisme, pour observer les méthodes de réaction du gouvernement. L'Equatorien aurait également rencontré plusieurs responsables militaires du Royaume-Uni.

Le sort de Julian Assange continue de susciter l'inquiétude de ses proches et des défenseurs de la liberté de la presse. Depuis que l'Equateur l'a expulsé de son ambassade à Londres, le journaliste australien est incarcéré à la prison de Belmarsh, au Royaume-Uni. Assange, 49 ans, est détenu en attendant que la justice britannique examine l'appel formé par les Etats-Unis contre le refus de son extradition prononcé le 4 janvier par une juge britannique. Celle-ci avait invoqué le risque de suicide du fondateur de WikiLeaks dans le système carcéral américain.

Julian Assange s'était réfugié en 2012 à l'ambassade d'Equateur alors qu'il était en liberté sous caution. Il craignait une extradition vers les Etats-Unis ou la Suède, où il faisait l'objet de poursuites pour viol qui ont depuis été abandonnées. Les Etats-Unis lui reprochent d'avoir mis en danger des sources des services américains, accusation qu'il conteste.

L'Australien, soutenu par nombre d'organisations de défense de la liberté de la presse, risque aux Etats-Unis 175 ans de prison pour avoir diffusé, à partir de 2010, plus de 700 000 documents classifiés sur les activités militaires et diplomatiques américaines, notamment en Irak et en Afghanistan.