France

«Une situation à risques» : Olivier Véran prévient contre une possible résurgence du Covid-19

Dans une interview accordée au Journal du dimanche, le ministre de la Santé a mis en garde contre le fait que la pandémie «ne s'est jamais arrêtée», craignant une contamination des plus jeunes vers les personnes plus âgées et donc plus fragiles.

En plein retour de vacances et à quelques jours de la rentrée scolaire, le ministre français des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, a dressé un bilan de la situation sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 en France, dans un entretien publié le 23 août par le Journal du dimanche (JDD), estimant que «nous sommes dans une situation à risques».

Alors que le nombre de cas positifs au Covid-19 augmente à nouveau dans l'Hexagone depuis fin juillet, le ministre a fait savoir que «ce n'[était] pas la même chose qu'en février» puisque «le virus circule quatre fois plus chez les moins de 40 ans que chez les plus de 65 ans». Or, a-t-il mis en garde, «si la circulation du virus s'accélère encore chez les plus jeunes, ils pourraient contaminer les personnes âgées, qui contractent plus souvent des formes plus graves de la maladie».

Un reconfinement exclu par Olivier Véran

Soulignant ensuite qu'il ne s'agit pas d'une seconde vague et qu'un reconfinement n'est «pas à l'ordre du jour et ne constitue pas une hypothèse de travail», Olivier Véran préfère opter pour l'explication, la sensibilisation, la mise en place de «toutes les règles et protocoles nécessaires», et «encore plus de contrôles et de sanctions [...] pour que la rentrée puisse se ­dérouler dans les meilleures conditions».

«Je peux comprendre l'espoir nourri par certains experts d'un virus moins dangereux, mais aucun argument scientifique ne vient étayer cette théorie, hélas», estime par ailleurs le ministre de la Santé, malgré les taux de létalité et de mortalité nettement en baisse depuis début juillet. Et de poursuivre : «Le Covid qui se propage est le même que celui qui a coûté la vie à 30 000 Français. Seul le profil des malades a changé, plus jeune et donc moins symptomatique.» Désormais, selon Olivier Véran, les transmissions se font «dans des situations festives des plus jeunes, où les gestes barrières ne sont pas respectés».

Si le ministre s'est ensuite montré rassurant quant aux stocks de masques, précisant que «la situation n'a plus rien a voir avec celle de février-mars», il ne souhaite pas les rendre gratuits pour la totalité de la population. «A ce jour, la distribution de 53 millions de masques gratuits aux précaires a été réalisé par La Poste à 90% ; c'est une protection de 3 mois pour 8 millions de Français», a-t-il toutefois fait savoir. Et d'ajouter : «Aucun Français, élève ou professionnel, ne sera privé de son activité parce qu'il manquerait d'argent pour acheter un masque.»

Après avoir dans un premier temps minimisé la pandémie de Covid-19 dans l'Hexagone, puis sous-estimé l'importance de diverses mesures, dont le port du masque, le gouvernement français privilégie désormais la logique sanitariste visant le risque zéro comme objectif de santé publique. Olivier Véran confirme cette stratégie gouvernementale dans cette interview, mettant ainsi en place une forme de contrôle social (confinement, mobilité réduite et contrainte, port du masque obligatoire dans les lieux clos mais aussi à l'extérieur, etc.). 

Mais la stratégie à adopter face à un virus qui poursuit sa propagation à travers le monde ne fait pas l'unanimité. «Peut-on vraiment se donner pour objectif d'éteindre définitivement l'épidémie, d'éliminer le virus de la société ?», se sont par exemple demandés le professeur d'anthropologie à l’Université catholique de Louvain, Olivier Servais, et le chercheur qualifié du FNRS à l'Université de Liège, François Gemenne, dans un article publié le 15 août dans le quotidien belge Le Soir. Avant d'apporter leur réponse : «Nous sommes d'avis que les coûts sociaux de cette entreprise sont infiniment supérieurs aux bénéfices sanitaires que nous pourrions en escompter. Nous sommes d'avis que le risque zéro est une chimère destructrice, et qu'il faut nous résoudre à accepter que le virus continue à circuler dans la société, de façon minime et calculée.»