France

La famille Traoré refuse de rencontrer Belloubet, et appelle à respecter la séparation des pouvoirs

Alors que le président de la République a demandé à Nicole Belloubet, ministre de la Justice, de se pencher sur l'affaire Traoré, l'avocat de la famille a rappelé que la loi interdit à la garde des Sceaux d'intervenir dans des affaires individuelles.

Récemment, Emmanuel Macron a enjoint les membres de gouvernement à s'emparer de la thématique des violences policières et du racisme alors que se multiplient en France des manifestations dénonçant les dérives policières. Le président a notamment demandé à la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, d'étudier le dossier d'Adama Traoré, un jeune homme de 24 ans ayant trouvé la mort à la suite d'un contrôle de police le 19 juillet 2016. Interrogée par BFM TV, la ministre a affirmé qu'il lui [avait] seulement été demandé de veiller «au bon fonctionnement de la justice». «Il n'appartient pas au garde des Sceaux d'intervenir dans une affaire individuelle», a aussi assuré l'entourage de la ministre, cité par l'AFP.

La famille refuse de rencontrer Belloubet

Dans un communiqué relayé par le collectif Vérité pour Adama, on apprend pourtant que l'entourage de la ministre aurait bien tenté d'organiser une discussion avec les proches du jeune homme décédé en 2016 : «Notre avocat a été contacté aujourd'hui par le cabinet de Madame Nicole Belloubet, ministre de la justice [...] Il lui a été proposé d'organiser une rencontre entre le garde des sceaux et la famille d'Adama Traore.» La famille précise refuser cette rencontre et explique demander «depuis quatre ans que les gendarmes entre les mains desquels est mort Adama Traoré soient convoqués devant la justice, interrogés et mis en examen».

«La famille d’Adama Traoré rappelle qu’elle attend des avancées judiciaires, et non des invitations à la discussion qui n’auraient aucune finalité procédurale», lit-on encore.

Monsieur Emmanuel Macron, je vous demande de respecter la séparation des pouvoirs.

Sur Twitter, l'avocat de la famille Traoré, Yassine Bouzrou, a pour sa part tenu à rappeler au président de la République que la loi française interdisait à la garde des Sceaux d'intervenir dans des affaires individuelles. «Monsieur Emmanuel Macron, je vous demande de respecter la séparation des pouvoirs», a-t-il lancé sur Twitter.

Cette prise de parole fait écho aux déclarations d'Assa Traoré, la sœur d'Adama Traoré, qui en 2018 dans une tribune dans l'Obs, demandait à Emmanuel Macron de «répondre enfin aux demandes de justice et de vérité». 

A l'instar des manifestations aux Etats-Unis qui ont pour but de dénoncer les violences policières à la suite de la mort de George Floyd, d'importants rassemblements se sont déroulés en France avec pour objectif de dénoncer l'impunité policière, mise en exergue par l'affaire Adama Traoré.

Le chef de l'Etat craint-il la pression de la rue ? 

A Paris, le 2 juin dernier, une manifestation regroupant plus de 20 000 personnes s'est déroulée devant le tribunal de Paris, porte de Clichy. Cette manifestation, à l'initiative du collectif «Vérité et justice pour Adama», s'est conclue en fin de soirée par une séquence de violences et d'affrontements entre certains manifestants et les forces de l'ordre. 

Ce 8 juin 2020, le parquet a confirmé que les juges d'instruction chargés de l'enquête allaient entendre en juillet deux nouveaux témoins qu'ils n'ont encore jamais auditionnés jusqu'ici.

Le collectif appelle à un nouveau rassemblement le 13 juin à Paris.