France

Manifestants arrêtés, rues nettoyées : les dessous de la visite d’Emmanuel Macron à Mayotte

Si le président est apparu tout sourire sur les chaînes d'information, l'ambiance sur l'île n'est pas aussi lisse. Mécontents de l'insalubrité ou réclamant des mesures de lutte contre l'immigration clandestine, des habitants se sont manifestés.

En déplacement dans les îles françaises de l’océan Indien durant quatre jours, le président Emmanuel Macron a été reçu en grande pompe à Mayotte ce 22 octobre. Mais les images diffusées en direct par les chaînes d’information en continue, montrant le locataire de l’Elysée tout sourire et collier de fleurs au cou, accueilli par une population enthousiaste, contrastent avec la mobilisation de certains habitants de l'île, mécontents. Ceux-ci dénoncent, entre autres, une immigration clandestine incontrôlée ou encore l’état de délabrement du département d’outre-mer.

Des manifestants pacifiques arrêtés

Particulièrement actif avant la venue présidentielle, le collectif des Citoyens de Mayotte avait ainsi appelé à manifester pacifiquement au passage d'Emmanuel Macron. «Quand il y a le président Macron eh bien notre île est propre, ce qui est assez inédit. On doit dire que d’habitude c’est extrêmement sale. On voit subitement que les services de la police et de la gendarmerie opèrent des ratissages quotidiens. Il n’y a pas un clandestin dans les rues et pour nous c’est assez surprenant car on se réapproprie notre espace public puisque tous les étrangers ont déserté les rues», expliquait à des journalistes Estelle Youssouffa, présidente d'un collectif de citoyens de Mayotte, avant la venue du chef de l'Etat.

Et la mobilisation n'a pas été du goût des autorités. Vêtus de blanc pour marquer leur contestation, des militants du collectif des Citoyens de Mayotte ont été interpellés par les forces de l’ordre ce 22 octobre. Parmi eux se trouvait notamment Estelle Youssouffa.

Relâchée un peu plus tard, la militante s’est exprimée à sa sortie du commissariat. «On a été, sous vos yeux, empêchés par la police nationale d’accéder au rassemblement public pour le président Macron [...] Il n y a aucune justification légale puisque vous savez que l’on a appelé à accueillir le chef de l’Etat pacifiquement», a-t-elle affirmé, assurant que la décision avait été prise par le sous-préfet. «Comme vous le savez on a quand même, en France, dans un pays de droit, le droit absolu de s’exprimer librement mais aussi de pouvoir participer à un rassemblement public», a-t-elle insisté.

Dans un témoignage sur Facebook, la militante affirme avoir été malmenée dans le véhicule des forces de l'ordre. «Dans le fourgon de police, certains policiers et une policière étaient en train de me serrer alors que je ne résistais pas […] C’était extrêmement violent […] On m’a insulté», a-t-elle argué, prévenant qu'elle porterait «plainte pour violence».

Des rues inhabituellement propres

Dès la veille de l'arrivée d'Emmanuel Macron, tout avait pourtant été mis en place pour une visite sans couac. Des internautes avaient en effet relevé la présence d’une «balayeuse de voirie», fait rare destiné selon eux à «cacher la misère de [l']île» au président de la République.

Une animatrice de Mayotte La 1ère avait renchéri avec ironie sur Facebook : «Non mais franchement je n'avais jamais vu ce camion dans nos rues [...] Il faudrait peut-être qu'il s'installe à Mayotte Emmanuel pour que tous nos problèmes soit réglés.»

Malgré ces épisodes, dans son discours devant les Mahorais le 22 octobre, le président de la République a tenu à préserver l'image d'une relation apaisée. «Maoré na Farantsa paka tcho !» («Mayotte et la France, jusqu'au bout, à la vie à la mort»), a-t-il lancé à la foule venue l'écouter à Mamoudzou. 

Lors de sa prise de parole, le chef d'Etat a également longuement évoqué l'épineux problème de la lutte contre l'immigration clandestine, soulevé par les manifestants. «Il y a aujourd'hui 1 500 personnes, des soldats, des marins, des policiers, des gendarmes, des douaniers, l'ensemble des services de l'Etat avec vos policiers municipaux, qui sont mobilisés. Nous venons les remercier dans le cadre de l'opération Shikandra», a-t-il encore fait valoir.

L'opération, lancée au mois d'août dernier, comprend un renforcement des effectifs et des équipements navals et terrestres avec un objectif de 25 000 reconduites à la frontière d'ici à la fin de l'année. Elle vise à apporter une réponse au problème de l'immigration clandestine, que les habitants accusent de provoquer l'insécurité et la saturation des services publics. Cette thématique avait été à la base d'un mouvement de blocage qui avait paralysé l'île six semaines durant au printemps 2018.

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