France

Affaire Lambert : l'arrêt des soins a commencé

L'arrêt des soins du patient tétraplégique en état pauci-relationnel, Vincent Lambert, a commencé à Reims sur décision de son médecin. L'avocat des parents de Vincent Lambert a réagi en dénonçant un «scandale absolu».

L'arrêt des soins de Vincent Lambert, patient tétraplégique en état pauci-relationnel depuis plus de 10 ans, a débuté ce 20 mai au CHU de Reims, a appris l'AFP auprès de l'avocat des parents et de source familiale.

Ils n'ont même pas pu embrasser leur fils

«C'est une honte, un scandale absolu, ils n'ont même pas pu embrasser leur fils», a réagi auprès de l'AFP Jean Paillot, avocat des parents de Vincent Lambert, qui sont farouchement opposés à l'interruption des traitements décidée par le médecin Vincent Sanchez à l'hôpital Sébastopol de Reims.

«[Le docteur Sanchez] en violation de tous ses devoirs et de ce qu'il avait laissé croire, vient d'annoncer à la famille qu'il avait initié le processus de mort sans préavis, sans tenir compte des recours, sans tenir compte des mesures provisoires. [...] Le coup de force continue. Il est encore temps d'arrêter cette folie», ont affirmé dans un communiqué les deux avocats Jean Paillot et Jérôme Triomphe.

«C'est des monstres ! Des monstres ! C'est des nazis !», a lancé en larmes depuis une voiture Viviane Lambert, la mère de Vincent, en passant devant le CHU de Reims.

«L'arrêt des traitements [et] la sédation profonde et continue [ont été] initiés ce matin», a écrit le docteur Vincent Sanchez, chef de service des soins palliatifs, dans un email à la famille dont l'AFP a obtenu copie. «Dans cette période douloureuse, j'espère pour monsieur Vincent Lambert que chacun saura ouvrir une parenthèse et se rassembler, auprès de lui, afin que ces moments soient le plus paisibles, intimes et personnels possible», a ajouté le médecin. 

Les avocats des parents avaient annoncé la veille trois nouveaux «recours» contre cette décision, visant notamment le docteur Sanchez, dont ils réclament la radiation. Sur RTL ce 20 mai, l'avocat Jean Paillot a évoqué avoir saisi le Conseil d'Etat, la Cour européenne des droits de l'homme et «être sur le point de saisir la cour d'appel de Paris».

Le même jour, Valeurs actuelles a diffusé une vidéo des «derniers moments de Vincent Lambert avec sa mère».

Une forme d'euthanasie, pour ses parents

Les médecins vont arrêter la nutrition et l'hydratation artificielles qui sont prodiguées à Vincent Lambert, tout en mettant en œuvre une «sédation profonde et continue» jusqu'à sa mort. Cette procédure est encadrée par la loi Claeys-Leonetti de 2016, qui interdit l'euthanasie et le suicide assisté mais autorise l'arrêt des traitements en cas «d'obstination déraisonnable». La décision doit être prise par les médecins de façon «collégiale». Pour la sédation, on utilise le midazolam en voie intraveineuse. Ce médicament de la famille des benzodiazépines est puissant et son action rapide. Avec l'arrêt simultané de l'hydratation et de l'alimentation, la mort survient aux alentours d'une semaine, selon le docteur Bernard Devalois, spécialiste des soins palliatifs à la maison de santé protestante de Bordeaux Bagatelle qui s'exprimait auprès de l'AFP.

Vincent Lambert va-t-il mourir de faim ou de soif ? Il s'agit d'un des arguments des opposants à l'arrêt des traitements, dont ses parents, soutenus par des associations catholiques. Cet argument est en revanche réfuté par les spécialistes des soins palliatifs. «Vincent Lambert n'aura ni faim ni soif, il va mourir naturellement en quelques jours», a fait valoir le docteur Devalois. Et de poursuivre : «Les gens confondent la soif et la sécheresse de la bouche. Dans le cas de monsieur Lambert, il n'y a pas de sensation de soif : pour avoir soif, il faut avoir conscience.» Lorsque les organes de Vincent Lambert cesseront de fonctionner avec l'arrêt des traitements, en raison de l'insuffisance rénale, le potassium s'accumulera dans le sang et finira par provoquer l'arrêt du cœur.

Les parents, un demi-frère et une sœur estiment que Vincent Lambert est un handicapé et que lui couper la nutrition et l'hydratation équivaut à une forme d'euthanasie, mais son épouse Rachel, cinq de ses frères et sœurs et son neveu dénoncent un «acharnement thérapeutique» en raison des lésions irréversibles causées à son cerveau lors d'un accident de la route en 2008.

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