France

Migrants à Calais : le préfet menace de poursuivre une bénévole qui accuse des CRS

Une jeune militante pro-migrants avait publié fin avril un tweet accusant des CRS de jeter des affaires de migrants dans une mare et d'asperger leurs tentes d'eau. Le préfet conteste la véracité des faits et menace de porter plainte.

Mathilde Robert, bénévole au sein de L'Auberge des migrants, une association qui apporte de l'aide matérielle et alimentaire aux migrants dans la région de Calais, est dans le viseur du préfet du Pas-de-Calais. La jeune étudiante avocate avait publié un tweet le 26 avril, dans lequel elle accusait des CRS d'avoir déversé des seaux d’eau dans des tentes de migrants et d'avoir jeté leurs affaires personnelles dans une mare. 

Depuis ce tweet, la militante a publié d'autres messages accusant les CRS de méfaits à l'encontre de migrants.

Silencieux pendant un mois, Fabien Sudry, le préfet du Pas-de-Calais, a enquêté en toute discrétion et le 30 mai, il faisait parvenir une lettre à la militante dans laquelle il lui demande des preuves de ce qu'elle avançait dans son tweet du 26 avril : «J'ai demandé au directeur départemental de la sécurité publique du Pas-de-Calais de réaliser une enquête interne», a écrit le préfet en préambule. «Il ressort de cette enquête que les services de police n'ont mené aucune opération selon les modalités que vous décrivez», poursuit Fabien Sudry, avant d'interpeller la jeune femme : «Soucieux de rétablir la vérité, je vous demande de porter à ma connaissance et à celle du procureur de la République les éléments de preuve à l'appui de vos déclarations». 

En l'absence de réponse, la préfet a déclaré se réserver la possibilité de saisir les services du ministère de l'Intérieur pour étudier la suite à donner aux écrits de la militante, qu'il juge «présentant un caractère diffamatoire à l'encontre des forces de l'ordre».

Réagissant à ce message le 1er juin, Mathilde Robert dit douter du sérieux de l'enquête, étant donné qu'elle n'a pas été approchée pour fournir des preuves et qu'aucun migrant n'a été interrogé, selon elle, sur cette affaire.

Contactée par France Info le 2 juin, Mathilde Robert se dite «choquée». A sa connaissance, c'est la première fois que le préfet menace de poursuivre un militant pour un tweet. Elle dit ne pas avoir assisté aux agissements qu'elle impute aux CRS le 25 avril aux alentours de 19 heures, mais s'être rendue sur le campement en question plus tard dans la soirée, dans le cadre d'une maraude nocturne quotidienne. «Les gens sur place m'ont raconté ce qui s'est passé», assure-t-elle.

Toujours selon France Info, une salariée de l'association l'Auberge des migrants a consigné l'incident dans un rapport, après avoir recueilli les témoignages de deux migrants. Quatre CRS «ont entrepris de briser les armatures de la tente avec leurs mains ainsi qu'en donnant des coups de pieds dans celles-ci. Les fonctionnaires de police ont ensuite [...] ramassé un jerrycan d'eau potable de 15 litres [...] et ont jeté le contenu du jerrycan à l’intérieur de la tente, sur les duvets et couvertures, ainsi que sur les personnes installées à l'intérieur», affirme ce document, que France Info a consulté. Toujours selon ce récit, contesté donc par la préfecture, les agents auraient répété la même opération sur une autre tente, puis jeté des chaussures et une tente dans une des mares de la zone.

Dans un tweet, la bénévole Mathilde Robert parle de tentative d'intimidation de la part du préfet qui «s’ancre dans un mouvement très regrettable de criminalisation des solidaires», ce qu'elle juge «minable».

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