France

Euthanasie : Emmanuel Macron entretient le suspense

Emmanuel Macron a organisé un diner à l'Elysée avec des militants pro-euthanasie et des leaders religieux afin de nourrir sa réflexion sur la question de la fin de vie, dans les cadre des états généraux de la bioéthique. Sans livrer ses convictions.

Le président Emmanuel Macron a reçu pour un diner le 13 février à l'Elysée plusieurs spécialistes de la fin de vie, afin d'entendre trois heures durant leurs points de vue. L'occasion pour le chef de l'Etat de nourrir sa réflexion sur le sujet, alors que se sont ouverts les débats tenus par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) en vue de la révision des lois de bioéthique.

Après un mot d'introduction de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, qui souhaite une évaluation de la loi Claeys-Léonetti avant tout nouveau projet de loi, chacun a défendu ses positions «sans brutalité ni acrimonie», selon le déroulé de la soirée rapporté dans les colonnes de La Vie.

Parmi les invités, des militants pro-euthanasie : le président de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) Jean-Luc Romero ou encore le député Jean-Louis Touraine, président du groupe d'études à l'Assemblée sur la fin de vie avec qui Emmanuel Macron a affiché une certaine complicité, selon l'hebdomadaire.

Christiane Vienne, l'ancienne ministre wallonne de la santé est elle venue partager son expérience sur l’aide active à mourir dans son pays, et les représentants du monde médical Vincent Morel et Véronique Fournier, spécialisés dans les soins palliatifs, ont présenté deux lignes opposés.

Les représentants religieux sur des lignes différentes

Les représentants des principaux cultes étaient aussi présents, comme le nouvel archevêque de Paris, monseigneur Michel Aupetit, ou encore le grand rabbin de France, Haïm Korsia. Ce dernier a été le plus offensif sur la question, en parlant d'«assassinat» et en rapprochant le débat sur l'euthanasie aux camps de la mort : «Toute l'éthique médicale est basée sur le refus absolu de ce qui s'est passé dans les camps de la mort et plus particulièrement à Auschwitz.»

Pour François Clavairoly, le président de la Fédération protestante de France qui participait au diner, «il n’y a pas de front uni entre les religions» sur la question. «Trois lignes se sont exprimées : ceux qui appellent à un renforcement des soins palliatifs, les inconditionnels de la responsabilité individuelle et ceux qui considèrent la vie comme sacrée», analyse-t-il.

«Macron n'a pas tranché», selon Jean-Louis Touraine

Le locataire de l'Elysée est pour sa part resté en retrait des débats, se montrant attentif aux arguments de chacun sans laisser transparaître ses convictions. Dans sa conclusion, il a simplement noté que les mots «suicide» et «assisté» relevaient à son sens «d’un oxymore». Il a en outre souligné «qu’on pouvait poser la question» sur le fait que la demande d’une aide active à mourir soit «un choix contraint», comme le relève La Croix.

Si il s'était déclaré «favorable à ce que ce débat [sur la fin de vie] avance» en mars dernier dans un entretien à La Croix, Emmanuel Macron assurait toutefois qu'il ne comptait pas se précipiter pour légiférer. Le chef de l'Etat, qui n'avait rien inscrit dans son programme sur la fin de vie, ne semble d'ailleurs pas avoir d'avis arrêté sur la question. C'est en tout cas l'analyse de Jean-Louis Touraine au sortir du diner à l'Elysée : «Il n’a pas tranché, il n’a pas encore une décision absolue sur ce sujet.»

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