France

Procès en France ou en Syrie ? Le sort de la djihadiste Emilie König, un casse-tête pour Paris

Arrêtée en Syrie et détenue par les forces kurdes, la djihadiste Emilie König veut rentrer en France. Son avocat estime que les autorités françaises ont «l'obligation de la juger». Mais l'Etat français semble avoir un autre avis sur la question.

Emilie König, figure de la mouvance djihadiste française détenue par les forces kurdes en Syrie, cherche à se rendre aux autorités françaises, «qui ont l'obligation de la juger», a déclaré le 3 janvier à l'AFP son avocat. Mais Paris ne semble pas tout à fait du même avis et évoque un procès en Syrie, sous conditions.

«[Emilie König], est la mère de trois enfants français [...] tout doit être mis en œuvre pour faciliter leur rapatriement, conformément aux engagements internationaux de la France», a ainsi réclamé son avocat Bruno Vinay dans un communiqué. Cette dernière «se tient à la disposition de la justice [...] dans un esprit de coopération», a-t-il ajouté, appelant les autorités françaises et kurdes «à faciliter l'exécution de son mandat d’arrêt». 

Le gouvernement français ne semble pas avoir la même interprétation du droit. Le 4 janvier sur le plateau de BFMTV, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a assuré que les femmes djihadistes françaises détenues dans le «Kurdistan syrien» seraient jugées là-bas si les «institutions judiciaires sont en capacité d'assurer un procès équitable» avec des «droits de la défense respectés». Le sort des djihadistes partis combattre en Syrie, où la France n'a plus de représentation officielle, est un cas juridique aussi inédit qu'épineux. Officiellement, Paris plaide le «cas par cas».

Réclamée par la justice depuis 2015

La jeune femme de 33 ans est réclamée par la justice française depuis 2015 dans le cadre d'une enquête liée à la filière dite «de Nîmes». Arrêtée début décembre, cette propagandiste et recruteuse notoire se trouve détenue dans un camp kurde en Syrie avec son garçon de 4 ans et ses jumelles d'un an, en compagnie d'autres femmes françaises.

Elle avait demandé le mois dernier son rapatriement au ministère français des Affaires étrangères mais, selon son avocat, la «protection consulaire» lui a été refusée au motif que la France «ne disposait pas de représentation en Syrie depuis 2012». Les autorités françaises lui ont alors suggéré de se tourner vers la Croix-Rouge, selon Maître Vinay.

D'après une source proche du dossier, une trentaine de djihadistes français ont été arrêtés par les forces kurdes et les Irakiens. Le cas des femmes et de leurs enfants est le plus épineux et Emmanuel Macron a assuré en novembre que leur sort serait examiné au «cas par cas». L'avocat d'Emilie König redoute «une politique arbitraire» qui sélectionnerait «les djihadistes rapatriables en fonction de critères subjectifs, comme leur importance ou leur niveau de repentir».

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