France

Comment l'attentat des Champs-Elysées a bouleversé le dernier grand oral des candidats

Les prétendants à l'Elysée s'exprimaient à la télévision, le 20 avril, à moins de trois jours du premier tour de la présidentielle. Les thèmes du terrorisme et de la sécurité ont pris une dimension cruciale lorsqu'une fusillade a éclaté à Paris.

Condamnation unanime

Le 21 avril sur le plateau de l'émission «15 minutes pour convaincre» sur France 2, chacun des candidats a consacré une partie de sa conclusion, actualité oblige, à l’attentat présumé survenu vers 21h sur les Champs-Elysées à Paris.

«Les actes terroristes ne seront jamais impunis, les complices jamais oubliés», a déclaré Jean-Luc Mélenchon, l'air grave.

«Le meilleur hommage, c'est que l'on puisse agir contre les barbares qui menacent notre survie» a pour sa part lancé Nicolas Dupont-Aignan, alors que Benoît Hamon appelait à se montrer «implacable face à ces forces-là».

Si les mots ont donc été durs pour condamner l'attaque présumée, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont été parmi ceux qui ont particulièrement fait le lien avec leur programme, promettant de combattre le terrorisme.

Le Pen tacle Macron 

«Je ne veux pas qu'on dise à la jeunesse qu'elle doit s'habituer à vivre "durablement" avec la menace» terroriste, a ainsi lancé la candidate frontiste, dans sa conclusion, en toute fin de programme.

L’émission n'était pas organisée sous la forme d'un débat, mais conçue comme une suite d'interventions. Cela n'a pas empêché la candidate du Front national de glisser une pique au leader du mouvement En Marche !, qui avait déclaré quelques minutes plus tôt que les Français devraient «vivre durablement» sous la menace terroriste.

Comme cinq autres candidats, Marine Le Pen s'était déjà exprimée plus tôt dans la soirée, dans son entretien de 15 minutes, lorsque David Pujadas a annoncé en direct, vers 21h45, qu'une fusillade s'était produite.

Poutou, une intervention maladroite ?

Comme le voulait le tirage au sort, c'est Philippe Poutou qui a été le premier à arriver sur le plateau après l'annonce du journaliste. S’il n’a pas été interrogé sur l'attentat présumé, le candidat du NPA est en revanche revenu sur sa proposition de désarmer les forces de l'ordre afin, selon lui, de lutter contre les «violences policières».

Cette affirmation (et son timing) lui a valu une vague de critiques sur les réseaux sociaux, à commencer par le président de la région PACA Christian Estrosi, qui a dénoncé des «propos indignes».

«Absurde», a jugé un internaute, alors qu'un autre lançait ironiquement : «Bravo monsieur Poutou, désarmons nos policiers et laissons les se faire tuer.»

Macron accusé de récupération

Après le candidat du NPA, c'était à Emmanuel Macron de se présenter face à Léa Salamé et David Pujadas. Le candidat n'a pas attendu d'être interrogé sur l'attentat présumé, saisissant l'opportunité d'apporter toute sa «solidarité aux forces de police et aux forces de l'ordre». «Le premier devoir du président, c'est de protéger», a-t-il encore lancé.

Sa réactivité lui a valu d'être accusé de «récupération» par plusieurs internautes.

Le suivant sur la liste, Jacques Cheminade a exprimé son respect pour les «gens qui ont défendu notre vie». Après avoir indiqué qu'un deuxième policier était mort dans l'attaque présumée (information qui a ensuite été démentie par le ministère de l'Intérieur), David Pujadas lui a demandé s'il pensait toujours que les attentats du 11 septembre étaient un «montage», ce que le candidat a confirmé.

Jean Lassalle a ensuite eu quelques mots pour rendre hommage au policier tué.

Fillon mal informé

Dernier des candidats à passer devant les journalistes, François Fillon est largement revenu sur l'attentat présumé : «La lutte contre le terrorisme doit être la priorité absolue du prochain président [...] On est en face d'un acte qui ressemble terriblement à un acte terroriste.»

Alors que le champion de la droite disposait a priori, en raison de l'ordre de passage, de plus d'informations que ses adversaires sur la fusillade des Champs-Elysées, il a ajouté : «On nous laisse entendre qu'il y a d'autres violences dans Paris.» Le ministère de l'Intérieur avait pourtant démenti cette information.

Une actualité lourde de conséquences ?

A quelques dizaines d'heures du premier tour de la présidentielle et alors qu'environ 30% des électeurs sont toujours indécis, selon des chiffres donnés par France 2, la fusillade des Champs-Elysées, qui a été revendiquée par Daesh, pourrait avoir une influence.

Les questions de la sécurité et du terrorisme se sont en effet invitées dans le débat, chacun des candidats les abordant, plus ou moins en profondeur. A tel point que cette actualité imprévue est progressivement devenue le principal sujet de la soirée.

Reste désormais à savoir si elle constituera l'un des principaux enjeux du vote du 23 avril.