France

Quel lien entre Audrey Azoulay, l'orthographe et un artiste russe controversé exilé en France ?

La ministre de la Culture a posté un tweet expliquant que de nombreux artistes trouvaient refuge en France, pays de la liberté. Elle semble ainsi faire référence à un artiste russe controversé. Le tout avec une orthographe pas vraiment au point.

«C'est parce que la France défend les libertés que les artistes du monde y trouve (sic.) refuge».

Tel est le tweet posté par la ministre française de la Culture et de la Communication Audrey Azoulay, le soir du 17 janvier. Immédiatement, les internautes qui ont repéré sa grossière faute d'orthographe, le lui ont fait savoir avec sarcasme.

Ayant pris conscience de son petit écart orthographique, la ministre a supprimé son tweet pour le re-poster, avec la bonne conjugaison cette fois.

La ministre faisait-elle allusion à l'artiste russe Piotr Pavlensky ?

Audrey Azoulay a fait une faute d'orthographe. Elle s'est fait pincer. Passons. Plutôt que de discuter de ses lacunes en conjugaison, il serait intéressant de déterminer pourquoi elle a tweeté ce genre de propos.

Certes, la ministre ne cite pas de noms. Cependant, on peut se demander si elle fait allusion à l'artiste russe Piotr Pavlensky. Car la veille de la publication de son tweet, cet activiste et artiste controversé, avait indiqué qu'il comptait demander l'asile en France, où il est arrivé il y a peu avec sa femme et ses deux enfants. 

Activiste célèbre pour ses démonstrations choc, il s'est notamment cloué les testicules sur le pavé de la place Rouge, il a incendié la porte du siège du FSB – services de renseignement russes – à Moscou et s'est littéralement cousu la bouche, pour protester contre l'incarcération des membres du groupe punk Pussy Riot. En Russie, Piotr Pavlensky est accusé, avec sa compagne, de tentative de viol par une comédienne du théâtre moscovite, Théâtre.doc, célèbre pour ses pièces à caractère documentaire et dont la programmation est qualifiée d’opposition.

Dans un entretien accordé au quotidien russe Moskovsky komsomolets (MK), le couple a expliqué qu'il fréquentait la comédienne en question, Anastassia Slonina, qui était d'après eux «en demande d’amitié», depuis septembre. Ils l’auraient alors accueillie chez eux une nuit où elle avait besoin de «soutien». Piotr Pavlensky reconnaît qu’ils se sont «amusés ensemble», mais «sans violence. Comme nous l’avons souvent affirmé publiquement, nous pratiquons des mœurs libres et sommes ouverts aux gens».

Pourtant, la version des deux époux contraste fortement avec celle de l'accusation. D'après Vsevolod Lissovsky, scénariste, producteur, metteur en scène et membre de l’équipe de Teatr.doc, Piotr Pavlensky et sa femme ont bien violé Anastassia Slonina, en lui lacérant même les bras à l'aide d'un couteau. Plus, avec un groupe d'amis, ils auraient également frappé, précédemment, l’ex-petit ami d’Anastassia, le comédien Vassili Berezine. Une vidéo de l'agression supposée a d'ailleurs été postée sur la page Facebook de la directrice artistique de Teatr.doc, Elena Gremina.

Interrogé sur les ondes de RFI, l’activiste a crié à la calomnie, précisant qu'il avait choisi la France parce qu’elle est «l’alma mater de la révolution russe». «Les piliers de la culture européenne viennent de France. Auguste Blanqui, Louise Michel», a-t-il souligné.

Il a également expliqué avoir quitté la Russie immédiatement après avoir été interpellé par la police russe à l'aéroport Cheremetievo, à Moscou, alors qu'il revenait de Varsovie avec sa femme. Placés en garde-à-vue pour répondre de ces accusations de viol, ils ont été rapidement relâchés. Inquiets de la tournure que pourraient prendre les choses, ils ont immédiatement fait leurs valises pour se rendre en Ukraine, via la Biélorussie, avant de finalement partir pour la France.

Lire aussi : Inspirée par les Pussy Riot, une chorégraphie a été délocalisée dans une église hors service à Caen