France

Clash Eugénie Bastié-«Libération» : Fillon déclenche une tempête dans le microcosme parisien

L'édito angoissé sur François Fillon du patron de «Libération», Laurent Joffrin, n'a pas plu à Eugénie Bastié, l'égérie de la Manif pour tous. Depuis, c'est l'escalade dans la guerre des mots, mais derrière, il y a des différends plus anciens encore.

«Je croyais que Joffrin était au bord de la retraite mais en fait son connomètre n'a jamais été aussi haut», écrit Eugénie Bastié, égérie de la Manif pour tous et rédactrice au FigaroVox, sur son compte Twitter. «Une péronnelle de bénitier», rétorque le directeur de Libération. Depuis, l'échange d'amabilités continue.

Le nœud de discorde ? Un numéro alarmiste du quotidien de gauche du 21 novembre 2016, au lendemain du score surprise de François Fillon au premier tour de la primaire à droite. Laurent Joffrin, visiblement choqué par le résultat et le revers d'Alain Juppé, empoigne sa plume et compose un éditorial destiné à alerter ses lecteurs sur les dangers que feraient peser François Fillon sur (ce qu'il reste du) modèle social français, dénonçant «l’étrange apostasie de cet ancien gaulliste social qui se pose désormais en homme de fer de la révolution conservatrice à la française».

François Fillon serait ainsi le «représentant d’un catholicisme politique, activiste et agressif qui fait pendant à l’islam politique. D’ici à ce qu’il devienne une sorte de Tariq Ramadan des sacristies il n’y a qu’un pas», avertit le patron de Libération, selon lequel, l'ancien Premier ministre veut «démolir une bonne part de l’héritage de la Libération et du conseil national de la résistance».

Libération à la recherche des responsables

Poursuivant François Fillon de sa verve, Laurent Joffrin le décrit, avec ironie, comme le «meilleur économiste de la Sarthe» et comme un «émule de Milton Friedman», économiste qui a inspiré Ronald Reagan et Margaret Thatcher, et «de Vladimir Poutine». Car il fallait bien placer ce repoussoir pavlovien cher aux journalistes de Libération. Et pointe, toujours selon lui, la responsabilité des «intellectuels du déclin». Traduire : Eric Zemmour, l'impétrant Michel Onfray et, sans doute, Eugénie Bastié, puisqu'elle s'est reconnue dans la pique.

L'escalade continue lorsque Laurent Joffrin, se disant «insulté» entre dans le domaine de la religion et oppose les musulmans à l'islamophobie qu'il prête à Eugénie Bastié. Selon lui les musulmans ont de «meilleures manières», façon de provoquer la journaliste sur la question de la place de l'islam en France et de faire allusion aux critiques de la journaliste à l'encontre des instances représentatives des musulmans, et notamment du Comité contre l'islamophobie en France, le CCIF, qu'Eugénie Bastié met en cause dans un article du Figaro du 26 août 2016, La montée en puissance du controversé Collectif contre l'islamophobie

Ce à quoi Eugénie Bastié rétorque que Laurent Joffrin, journaliste très parisien, ne doit pas connaître beaucoup de musulmans.

Haines recuites

Mais ce n'est pas tout dans ce petit monde. Eugénie Bastié travaille aussi pour la bouillonnante Elisabeth Levy et son magazine Causeur. Et cette dernière n'a pas toujours été tendre avec Laurent Joffrin. En février 2014, dans les colonnes du Figaro, et dans un entretien mis en forme par une certaine Eugénie Bastié, Elisabeth Levy disait ainsi clairement le fond de sa pensée : «Laurent Joffrin est au journalisme ce que je suis à la chanson». Il faut dire que Laurent Joffrin lui avait alors reproché une interview de Dieudonné, l'accusant de tendre le micro à des «thèses nauséabondes».

Et, pendant ce temps-là, et tandis que ce petit monde règle ses comptes, le Comité contre l'islamophobie en France, le CCIF, compte les points, ne semblant pas vouloir indiquer ce qui le consterne le plus.