France

Bruno Le Maire : «Aujourd'hui, c'est exactement le même contexte que les Gilets jaunes»

Alors que les prix à la pompe repartent à la hausse et que l'exécutif français exclut toute nouvelle aide généralisée, Bruno Le Maire a dressé un parallèle frappant avec la crise sociale de 2018. Une déclaration qui résonne à l'approche de la présidentielle, alors que l'ancien ministre n'a jamais caché ses ambitions pour ce scrutin.

Invité le 13 septembre sur le chaîne de télévision Public Sénat, l'ancien ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a établi un rapprochement direct avec le mouvement des Gilets jaunes, cinq ans après avoir occupé Bercy en pleine tourmente de cette crise.

Pour l'ancien locataire de Bercy, le constat est sans appel : la France retraverse une période comparable à celle qui avait vu naître le mouvement des ronds-points. Il évoque des prix du carburant aujourd'hui « infiniment » plus élevés qu'à l'époque, et balaie l'idée que la colère qui monte serait sans fondement. Selon lui, les Français qui manifestent ne le font pas « pour leur plaisir », mais parce qu'ils « crèvent » et ne « s'en sortent pas ».

Il dresse un tableau concret de ces difficultés : des agriculteurs vivant avec 600 euros de revenus et confrontés à la hausse de leurs charges liée au prix du pétrole et du gaz, des retraités isolés en zone rurale inquiets de ne plus pouvoir payer leur cuve de fioul, ou encore de jeunes aides-soignantes de 24 ou 25 ans parcourant quotidiennement 80 à 100 kilomètres et incapables d'absorber 150 à 200 euros de dépenses supplémentaires par mois.

Une aide ciblée plutôt qu'une baisse générale des taxes

Contrairement à une partie de la classe politique, Bruno Le Maire ne prône pas de baisse des taxes sur les produits pétroliers. Il y voit au contraire « l'idée la plus contraire à l'intérêt supérieur de la nation française », estimant qu'une telle mesure profiterait indistinctement à tous et reviendrait à « jeter de l'argent public » par la fenêtre.

Sa proposition : concentrer l'effort budgétaire sur ceux qui travaillent et qui n'ont pas d'autre choix que d'utiliser leur véhicule, en particulier les métiers de service faiblement rémunérés à charges élevées — aides-soignants, infirmières — ainsi que les ménages modestes touchés par la hausse du prix du fioul. Une aide qu'il juge nécessaire à financer dès maintenant, la hausse du prix du pétrole n'étant selon lui « pas une surprise », dans un contexte où environ un tiers du trafic pétrolier mondial serait menacé de blocage.

Le paradoxe des 7,5 milliards dépensés à Bercy

Interpellé sur sa propre politique lorsqu'il était ministre — 7,5 milliards d'euros dépensés pour compenser la hausse des prix du carburant — Bruno Le Maire assume un changement de méthode plutôt qu'un reniement. Il explique que cette aide répondait alors à une demande quasi unanime, dans un contexte de majorité relative où le gouvernement devait composer avec les oppositions. Il revendique même s'être opposé à l'époque à une demande de 15 milliards d'euros, jugée excessive.

Sur le fond, l'ancien ministre articule sa réponse autour de deux temporalités. À court terme, il défend une aide ciblée et financée vers les publics les plus exposés, comme une question de « justice ».

À plus long terme, il mise sur l'accélération du leasing social pour les véhicules électriques — qu'il qualifie de « immense succès » à développer plus rapidement — et sur le développement de l'électricité décarbonée, seule voie selon lui pour sortir durablement la France de sa dépendance au pétrole face à ce qu'il qualifie de « choc pétrolier durable ».