France

Report du plan canicule : les agriculteurs français au bord de la rupture

Le gouvernement reporte de quelques jours l’annonce du plan d’urgence pour les agriculteurs frappés par la sécheresse et les canicules de l’été 2026. Les syndicats s’inquiètent face à des pertes massives et à une trésorerie exsangue, redoutant un effondrement des productions pour 2027.

Le report « de quelques jours » du plan d'aides d'urgence, initialement prévu ce 3 septembre, plonge le monde agricole dans l'attente. Après un été brûlant qui a décimé récoltes et prairies, les exploitants réclament des mesures immédiates pour sauver leurs trésoreries et préparer la campagne 2026-2027.

Des pertes colossales et une impatience croissante

Le ministère de l'Agriculture justifie ce délai par le besoin de concertations supplémentaires entre ministères, face à des « montants conséquents ». Annie Genevard devait dévoiler un dispositif comprenant aides à la trésorerie, prise en charge de cotisations sociales, simplification administrative et mesures pour relancer les productions.

Mais Sébastien Lecornu a jugé le temps de préparation insuffisant.

La Coordination rurale s'est indignée, affirmant que les agriculteurs n'ont plus le temps d'attendre : « La CR refuse également toute nouvelle fiscalité, et notamment l'idée d'un "impôt sécheresse" ».

Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, s'impatiente : « Quelques jours, ça ne peut pas être quelques semaines. Le blé commence à se semer le 20-25 septembre, le rachat du fourrage c'est maintenant ».

Il estime que « le pronostic vital de l'agriculture est engagé », avec des pertes moyennes de 30 % sur le maïs et jusqu'à 100 % sur certains fruits et légumes. Plus de la moitié des prairies sont dégradées, et la facture de fourrage pour l'élevage atteint déjà 5 milliards d'euros.

Les Jeunes Agriculteurs ont réagi vivement sur X : « Stop au report, les agriculteurs ont besoin de solutions à la hauteur de l'enjeu ! [...] Il est hors de question qu'une seule exploitation reste sur le bord de la route cette année ! », a déclaré leur secrétaire général Loïc Scalabrino, dénonçant un signal « particulièrement négatif ».

Les besoins globaux pourraient dépasser 10 milliards d'euros selon la FNSEA, qui demande un « électrochoc » de plusieurs milliards, la prolongation des aides GNR et engrais, la suspension de la taxe foncière sur le non-bâti et un soutien aux cotisations. Patrick Bénézit, de la Fédération nationale bovine, appelle l'État à prendre en charge 3 milliards pour les ruminants.

Côté politique, le coordinateur national de la France insoumise, Manuel Bompard, réclame « un plan d'aide qui ne peut pas venir que des assurances » et revendique un modèle agricole « pour favoriser les cultures moins gourmandes en eau ».

Des déclarations qui ne devraient pas séduire la majorité des agriculteurs, si ce n'est à la Confédération paysanne, réputée proche de la gauche radicale. Cette prise de position permet néanmoins d'introduire le sujet dans le débat présidentiel.

Sur le terrain, les trésoreries sont au plus bas. Sans aides rapides, de nombreux agriculteurs risquent d'abandonner semis ou cheptel, menaçant directement les surfaces cultivées et l'élevage pour 2027.