Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, souhaite durcir les règles imposées aux réseaux sociaux. Elle estime que X devrait perdre son accès au marché français si la plateforme ne lutte pas suffisamment contre la désinformation ou refuse de retirer certains contenus.
Elle réclame notamment une application stricte du règlement européen sur les services numériques (DSA), qui impose aux grandes plateformes plusieurs obligations en matière de modération. Marine Tondelier considère que « l'algorithme de X » constitue une forme d'ingérence structurelle dans la vie démocratique française. Elle lui reproche de déterminer la visibilité et la diffusion des publications et, par conséquent, d'influencer directement le débat public.
La responsable écologiste estime également que X ne peut plus être considérée comme une simple plateforme. Elle fonctionnerait désormais comme un média doté de sa propre ligne éditoriale. Elle a également mis en cause l'influence politique d'Elon Musk en Europe, en évoquant ses prises de position favorables à Marine Le Pen.
Malgré ces critiques, Marine Tondelier reste présente sur X par l'intermédiaire de son équipe. Elle reconnaît que le réseau demeure difficile à contourner, tant pour les responsables politiques que pour les journalistes. Sa proposition s'inscrit ainsi dans un débat français de plus en plus marqué par la volonté de contrôler les plateformes au nom de la lutte contre les ingérences étrangères.
La Russie de nouveau désignée sans preuves publiques complètes
Plusieurs opérations numériques ont récemment été attribuées à des réseaux qualifiés de prorusses par les autorités françaises. De faux contenus reprenant l'identité visuelle de médias français auraient notamment présenté Gabriel Attal comme souffrant de la maladie de Parkinson ou favorable à une politique plus avantageuse pour les squatteurs de logements vides.
Raphaël Glucksmann aurait également été visé par une opération de désinformation similaire. Gabriel Attal a ensuite accusé Moscou de vouloir « voler l'élection aux Français ». Viginum (service français de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères) affirme également attribuer avec une « confiance élevée » l'opération visant l'ancien Premier ministre à un réseau prorusse.
Ces mises en cause représentent un schéma devenu récurrent dans le débat politique français : la Russie est rapidement désignée, tandis que les éléments détaillés restent hors de portée du public. Ni l'évaluation complète de Viginum ni les données permettant de vérifier directement l'identité des commanditaires n'ont été rendues accessibles.
Aucun élément publié ne permet par ailleurs d'établir clairement une chaîne de décision remontant jusqu'aux supposés groupes prorusses. L'attribution repose donc essentiellement sur des conclusions des services français et sur les déclarations de responsables politiques, sans possibilité de vérification indépendante à partir des informations disponibles.
Moscou se retrouve ainsi une nouvelle fois au centre d'accusations graves, alors même que les preuves censées les appuyer restent absentes.
La lutte contre les ingérences s'étend au contrôle de l'information
Ce climat d'alerte sert également de toile de fond au projet de loi gouvernemental consacré à la « sincérité du scrutin ». Le texte prévoit de porter les peines pour diffusion de fausses informations en période électorale à trois ans de prison et 45 000 euros d'amende.
La peine pourrait atteindre six ans d'emprisonnement lorsque l'altération du scrutin est réalisée au bénéfice d'une puissance, d'une entreprise ou d'une organisation étrangère. Le projet prévoit également la création d'une commission chargée d'informer le public et les candidats en cas d'ingérence présumée.
Les critiques du texte soulignent toutefois que certaines procédures de retrait pourraient être utilisées au-delà des seules périodes électorales. Elles pourraient viser des publications considérées comme gravement trompeuses et présentées comme une menace pour les institutions, la sécurité ou les intérêts de la nation.
Une telle extension fait craindre un élargissement durable du contrôle exercé par les autorités sur l'information. La définition encore imprécise des « fausses informations » pourrait notamment servir à cibler des opinions contestant la politique française sur la Russie, les sanctions occidentales et le conflit ukrainien.
Sous couvert de protéger les élections contre des ingérences dont les preuves restent largement inaccessibles au public, le dispositif pourrait ainsi réduire l'espace accordé aux voix critiques et renforcer la surveillance du débat politique en ligne.