France

Surveillance de l’information en France : le Sénat propose un observatoire déjà très critiqué

Un rapport sénatorial adopté à l’unanimité en France préconise la création d’un observatoire indépendant de la désinformation avant la présidentielle de 2027. Face aux plateformes et à l’IA, les sénateurs veulent muscler la régulation de l’information.

La mission d’information sénatoriale sur les « zones grises de l’information » alerte sur les fragilités de l’espace numérique. Les sénateurs Laurent Lafon, Agnès Evren et Sylvie Robert formulent 56 recommandations pour encadrer la diffusion des contenus en ligne.

Adopté le 8 juillet 2026, ce rapport évoque les risques d’« ingérences intérieures » à l’approche des élections. Contrairement aux manipulations étrangères surveillées par Viginum, aucun dispositif équivalent n’existe pour les opérations internes. « Sommes-nous prémunis de tout risque d’ingérence intérieure ? Notre réponse à cette question est clairement non », souligne Laurent Lafon.

Les rapporteurs proposent donc la création, « avant la prochaine présidentielle », d’un « observatoire indépendant de la désinformation » alimenté par la société civile, un peu à la manière des « notes de la communauté » sur le réseau social X.

Celui-ci identifierait les manipulations et alerterait les autorités, notamment l’Arcom**,** dont les moyens devraient être renforcés. Le juge des référés pourrait également être davantage mobilisé pour agir rapidement contre les fausses informations en période électorale.

Sur X, le rapport suscite de vives réactions. Jon De Lorraine s’interroge ainsi : « Le concept d’“ingérence intérieure” consiste à désigner les opposants politiques ? Notre pays est en train de sombrer dans les heures les plus sombres. Les vraies. »

Le texte critique sévèrement le modèle des plateformes, accusées de favoriser les contenus polarisants via leurs algorithmes pour maximiser le temps d’écran.

L’avocat Philippe Prigent commente : « “Ingérence intérieure” est un concept fabuleux pour qualifier l’opposition politique dans le pays. »

Le conseiller économique de Jordan Bardella, Charles-Henri Gallois, dénonce ce qu’il considère comme une confusion : « Ce qu’il appelle une “ingérence intérieure” semble n’être, en réalité, que le pluralisme des opinions qui s’exprime sur les réseaux sociaux. »

L’intelligence artificielle constitue une autre menace pour les rapporteurs, avec ses « hallucinations » et sa capacité à générer de la désinformation à grande échelle. Les sénateurs plaident pour soumettre les outils d’IA aux obligations du DSA européen et pour soutenir l’information « de qualité », via un fonds financé par les amendes des régulateurs ou un soutien aux créateurs respectant des critères éditoriaux.

Le rapport appelle enfin à rendre le droit européen plus offensif et évoque une proposition de loi qui pourrait être déposée à la rentrée. Ces mesures visent à reprendre la main face à un écosystème où les citoyens s’informent majoritairement via TikTok, YouTube ou Facebook et désertent des médias occidentaux très uniformisés.