Le 2 juin au soir, l’émission présentée par Julien Courbet sur M6 a offert un moment de pure dramaturgie lorsque « le père Marc », du diocèse de Narbonne, a appelé en direct.
Il prétendait avoir hébergé le fugitif pendant quatre jours au monastère de Plavilla, dans l’Aude, l’avoir vu « très mal dans sa peau » et « beaucoup pleurer » avant de recueillir ses aveux sur les meurtres de Nantes en 2011. Selon lui, il agissait avec l’accord de son évêque pour briser le secret de la confession.
Un raté de la chaîne qui a fini par publier des excuses.
Un démenti cinglant de l’Église et un pugilat médiatique
Quelques heures plus tard, l’évêque de Carcassonne et Narbonne, Mgr Bruno Valentin, publiait une vidéo de démenti sur Facebook : « Jamais personne ne m’a contacté à propos de cette affaire, ni celui qui a pris la parole, ni même M6. » Il a qualifié la séquence de « gravement mensongère » et annoncé saisir l’Arcom.
Le lendemain, Le Figaro révélait que le prétendu prêtre avait avoué en coulisses son mensonge à la production, avant de pousser le canular plus loin en affirmant être lui-même Xavier Dupont de Ligonnès souhaitant se rendre. M6 a présenté « sans réserve » ses excuses à l’évêque. Julien Courbet a assumé : « On s’est fait rouler dans la farine. »
Sur les réseaux sociaux, c’est toute la profession qui est tombée sur le présentateur avec une certaine forme d’acharnement. L’éditorialiste de La Croix, Erwan Le Morhedec, dénonce de son côté une « absence totale d'éthique et de rigueur professionnelle », quand Marie-Estelle Pech, passée par Marianne et Le Figaro, dénonce le manque de vérification et la course à l’audience.
Sur Quotidien, émission du groupe TF1, Laurent Valdiguié a même estimé avec condescendance que Julien Courbet « n’est pas fait pour ça ».
Une cabale pour une erreur que peu semblent enclins à pardonner… Et un épisode qui illustre également la capacité de l’affaire, vieille de quinze ans, à générer fantasmes, fausses pistes et émotion.
Depuis la découverte des corps d’Agnès et des quatre enfants à Nantes en avril 2011, plus de 1 850 signalements ont été traités sans résultat, jusqu’à l’arrestation d’une personne qui n’avait rien à voir avec l’affaire.
L’affaire, qui continue d’alimenter complots et émissions spéciales, montre une fois de plus combien la zone grise entre vie et mort du suspect nourrit un véritable marché médiatique.