Derrière l’opération symbolique de reprise d’EDF par l’État, promise par Emmanuel Macron en 2022 s’invite un sévère constat de gaspillage budgétaire et d’absence de gains concrets pour la souveraineté énergétique.
Dans son rapport sur le sujet, la Cour des comptes étrille l’opération menée au début du second quinquennat du président.
Une nationalisation coûteuse aux avantages flous
La prise de contrôle à 100 % du capital d’EDF, finalisée en juin 2023, constitue la plus importante opération de l’Agence des participations de l’État depuis 2004. Pourtant, selon les magistrats de la rue Cambon, « ni les impératifs de souveraineté et d’indépendance énergétiques, ni les besoins de financement du groupe ou la volonté de renforcer son pilotage opérationnel n’imposaient une détention à 100 % ». L’État exerçait déjà un contrôle élevé avec 83,7 % des parts. L’opération a coûté 9,7 milliards d’euros, incluant une prime substantielle payée aux actionnaires minoritaires (environ 12 euros par action contre un cours moyen autour de 8,50 euros).
La Cour relève même un surcoût lié à une augmentation de capital préalable estimée à 454 millions d’euros. « Un investissement dont l’utilité n’est pas démontrée à ce jour », tranche le rapport.
Sur les réseaux sociaux, le rôle du président est pointé du doigt : « Encore une décision à la con d’Emmanuel Macron ».
Si elle a légèrement amélioré la notation de sa dette, l’impact demeure modeste. L’État se retrouve confronté à ses contradictions persistantes entre rôles d’actionnaire et de régulateur, tandis que des investissements massifs s’annoncent : au moins 72,8 milliards d’euros pour six nouveaux réacteurs EPR2. La Cour des comptes formule une recommandation principale : clarifier rapidement la politique de dividendes de l’État actionnaire pour donner plus de visibilité à la trajectoire financière d’EDF. Quatre ans après l’annonce, les avantages réels de cette renationalisation restent « difficilement identifiables », malgré l’ampleur des moyens mobilisés en pleine dégradation des finances publiques.