Dans une tribune publiée le 25 mai dans The Economist et un entretien accordé au Figaro, le gouverneur sortant dresse un bilan lucide de ses onze années à la tête de l’institution, marquées par de multiples crises.
« Une décennie de fragmentation »
Arrivé en novembre 2015, François Villeroy de Galhau quitte ses fonctions début juin pour prendre la présidence de la Fondation des Apprentis d’Auteuil. Il décrit une période de « fragmentation » géopolitique et de recours croissant à la puissance unilatérale. Parmi ses quatre leçons essentielles : la politique monétaire a prouvé son efficacité, l’indépendance des banques centrales n’est plus un acquis mais une condition sine qua non, et l’Europe doit accélérer son exécution.
Dans The Economist, il déclare : « Attaquer l’indépendance des banques centrales tout en prétendant combattre l’inflation relève de la schizophrénie », écrit-il, en référence implicite aux évolutions observées aux États-Unis avec l’administration Trump.
Sur le plan national, son principal motif d’inquiétude reste les finances publiques. « On n’a pas fait ce qu’il fallait concernant les finances publiques », avait-il déjà déclaré.
Dans le Figaro, il insiste : la dette publique française a augmenté de 30 points de PIB depuis 2010, contrairement à la zone euro où elle est restée stable. « Nous transférons la charge de la dette et des retraites à nos enfants », alerte-t-il, dénonçant une contradiction française entre le goût pour les dépenses publiques et la réticence à les financer par l’impôt. Une déclaration qui n’a pas manqué de faire réagir sur les réseaux. Un internaute a ainsi demandé si le gouverneur était prêt à renoncer au régime spécial de retraite dont il bénéficie grâce à la banque de France.
Déjà au début du mois de mai, le gouverneur de la Banque de France affirmait: « On n'a pas fait ce qu'il fallait concernant les finances publiques ».
Cette mise en garde fait écho à des appels répétés restés sans réponse suffisante de la part des pouvoirs publics.
Villeroy de Galhau prône un « plurilatéralisme pragmatique » sur des sujets concrets comme la stabilité financière, le climat, les paiements, la tokenisation et l’IA. Il salue les avancées de la Banque de France en matière d’innovation climatique et de transformation interne, tout en soulignant la nécessité de préserver l’indépendance de l’institution face à son successeur, Emmanuel Moulin, nommé par Emmanuel Macron dans ce que l’opposition appelle un « verrouillage des institutions ».
À travers ces interventions, le gouverneur sortant laisse un message clair : face aux chocs géopolitiques et à la fragilité des équilibres nationaux, la vigilance et la responsabilité collective restent plus que jamais indispensables.