France

Bijoux de famille : l’État français cède le tunnel du Mont-Blanc et d’autres actifs à la Caisse des dépôts

L’Agence des participations de l’État va transférer pour 2,5 milliards d’euros ses participations dans le tunnel du Mont-Blanc, celui du Fréjus et la Société pour le logement intermédiaire à la Caisse des dépôts. Une opération de «recentrage» qui soulève des questions sur le désengagement progressif de l’État des infrastructures stratégiques.

Les autorités françaises vont se débarrasser de 2,5 milliards d’euros de participations dans le tunnel du Mont-Blanc dans le cadre d’une réorganisation interne du secteur public marquant une nouvelle étape dans la redéfinition du rôle de l’État actionnaire.

Loin d’une privatisation ouverte, l’opération transfère des actifs jugés moins prioritaires d’une entité publique à une autre, dans un contexte budgétaire tendu.

« Il ne s’agit pas de vendre les bijoux de famille », assure Bercy dans un contexte de recherche d’économies pour l’État français. Pourtant, près de soixante-dix ans après sa construction, l’État renonce à son contrôle direct sur le tunnel du Mont-Blanc, symbole d’infrastructure transfrontalière majeure, ainsi que sur celui du Fréjus.

Ces deux ouvrages stratégiques pour les liaisons avec l’Italie passent sous le pavillon de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), déjà active dans le logement et le développement territorial.

Un recentrage aux allures de désengagement

L’opération, d’un montant total de 2,5 milliards d’euros, inclut également la Société pour le logement intermédiaire. Pour l’APE, il s’agit de se concentrer sur les secteurs de « souveraineté » : défense, aéronautique, énergie ou numérique. Les infrastructures de transport et le logement sortent ainsi du périmètre prioritaire.

Cette logique rappelle, en creux, le précédent des autoroutes concédées puis privatisées dans les années 2000, qui avait permis à l’État de dégager des liquidités immédiates au prix d’une perte de contrôle sur des actifs rentables à long terme.

La CDC, de son côté, assumera désormais le financement des travaux d’entretien et de transition écologique sur ces axes alpins. Les deux sociétés, de taille comparable, emploient chacune plus de 300 personnes et génèrent plus de 200 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Elles restent présidées par Christophe Castaner.

Au-delà de la clarification des rôles entre acteurs publics, l’opération fournit à l’APE de nouvelles marges de manœuvre pour investir dans des domaines jugés plus stratégiques. Elle illustre toutefois un État qui, tout en affirmant sa présence dans les « bijoux de famille », se déleste progressivement, en même temps, d’actifs concrets et rentables au profit d’une gestion déléguée.