Suspicions de mise en scène, manipulations et invectives ont jalonné la campagne des municipales à Nice dans le sud de la France, depuis plusieurs mois.
L’affaire de la tête de porc, découverte fin février devant la résidence de Christian Estrosi, accompagnée d’une étoile de David et d’une insulte, soulève des questions sur d’éventuelles manipulations électorales, alors que deux suspects ont été mis en examen.
Estrosi, en quête d’un quatrième mandat, dénonce une « barbouzerie inédite » et accuse « l’ultra-droite », proche du milliardaire Pierre-Édouard Stérin, de chercher à déstabiliser sa campagne avec la fameuse tête de porc déposée devant son domicile. Ce dernier a d’ailleurs porté plainte contre l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy.
Un duel fratricide aux relents de barbouzerie
Pourtant, l’enquête révèle des contacts entre les suspects et une proche collaboratrice du maire, alimentant les soupçons d’infiltration ou de coup monté.
Éric Ciotti, son ancien allié devenu rival, rétorque en évoquant un « contre-feu » rappelant l’attentat de l’Observatoire mis en scène par François Mitterrand en 1959 et dénonce du « théâtre » de la part d’Estrosi.
Lors d’un débat télévisé sur BFMTV, la tension est encore montée d’un cran le 7 mars, lorsque le maire sortant a tutoyé son concurrent pour souligner leur ancienne proximité politique.
Les invectives fusent : Estrosi évite de nommer Ciotti, le qualifiant de « collaborateur d’extrême droite », tandis que Ciotti fustige un « système » basé sur la peur et la division.
Les candidates de gauche, Juliette Chesnel-Le Roux (Union de la gauche) et Mireille Damiano (LFI-Viva!), déplorent ce « duel fratricide » qui, selon elles, favorise l’abstention et abîme l’image de Nice.
Juliette Chesnel-Le Roux dénonce une droite identique chez les deux hommes et appelle à une alternative réelle face à un bilan où le taux de pauvreté atteint 21 %, bien au-dessus de la moyenne nationale.
Christian Estrosi, souvent critiqué pour ses mises en scène — notamment ses vidéos sur la propreté urbaine — défend pour sa part son bilan et affirme avoir « donné son âme » à la ville.
Éric Ciotti, crédité de 41 % des intentions de vote contre 30 % pour Estrosi, promet une « libération » de la ville et assure qu’il refusera tout poste gouvernemental s’il est élu, dénonçant les « abandons » qu’il reproche au maire sortant.
Au-delà des scandales, les débats sur la sécurité révèlent aussi des divergences : Estrosi vante l’installation de 10 000 caméras de surveillance, tandis qu’Éric Ciotti déplore un manque d’effectifs policiers.