La rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens, Francesca Albanese, fait face à des appels à la démission émanant notamment de la France et d’autres pays européens. En cause : des accusations d’antisémitisme qu’elle juge infondées et construites à partir de propos sortis de leur contexte. La juriste italienne dénonce une campagne de diffamation visant à fragiliser son mandat.
En poste depuis 2022, Francesca Albanese est régulièrement la cible de critiques pour ses rapports dénonçant les violations du droit international humanitaire dans les territoires palestiniens occupés. La polémique actuelle est née d’une vidéo préenregistrée dans laquelle elle évoque un « ennemi commun de l’humanité », expression qu’elle affirme avoir appliquée à un système de complicités — politiques, économiques et technologiques — et non à Israël en tant que peuple ou nation.
Des ministres et des élus à la manœuvre… Et des propos déformés
Le 11 février, lors d’une séance à l’Assemblée nationale, la députée Caroline Yadan a interpellé Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, accusant Francesca Albanese d’avoir qualifié Israël d’« ennemi commun de l’humanité » lors d’un forum à Doha.
Le chef de la diplomatie française a condamné ces « propos outranciers et coupables », réclamant sa démission pour manque de neutralité et militantisme.
L’Allemagne, l’Autriche et l’Italie ont emboîté le pas, critiquant son « impartialité ».
Francesca Albanese réfute fermement : « Les jugements que nous portons sur l’État d’Israël n’ont rien à voir avec la haine des juifs », a-t-elle déclaré à L’Humanité, exigeant « au minimum une rectification ».
Elle précise que sa vidéo préenregistrée visait le « système » de complicités — capitaux, armes et algorithmes — ayant permis les crimes à Gaza, et non Israël comme nation. « C’est une règle que l’on apprend à l’école primaire : vérifier ses sources », a-t-elle ironisé sur X.
L’ONU, qui a reconnu comme génocide les actions d’Israël dans la bande de Gaza, exprime son inquiétude par la voix de sa porte-parole Marta Hurtado, dénonçant les « attaques personnelles, menaces et désinformation » visant ses experts. Une association de juristes, Jurdi, a saisi la justice pour « diffusion de fausses nouvelles ».
Malgré le soutien de formations politiques de gauche, le poste de Francesca Albanese à l’ONU reste menacé, avec une décision attendue le 23 février au Conseil des droits de l’homme. L’affaire illustre la difficulté pour les rapporteurs onusiens d’exercer leur mandat face aux pressions géopolitiques.