France

Surpopulation, violences, insalubrité : le Conseil de l’Europe «extrêmement inquiet» des conditions carcérales en France

Dans un rapport rendu public ce 22 janvier, le Comité pour la prévention de la torture du Conseil de l’Europe a pointé du doigt l'état des prisons en France, soulignant l'accroissement de la surpopulation carcérale, les violences, ainsi que la présence «alarmante» de nuisibles dans certains établissements pénitentiaires.

Le système carcéral français est de nouveau sous le feu des critiques. Dans un rapport publié ce 22 janvier, le Conseil de l’Europe tire la sonnette d’alarme sur la dégradation des conditions d’incarcération en France, mettant en garde contre un risque d’évolution en « entrepôts humains ».

« Nous sommes extrêmement inquiets quant aux conditions d’incarcération en France », a déclaré Alan Mitchell, président du Comité pour la prévention de la torture (CPT), organe chargé de surveiller le respect des droits fondamentaux au sein des 46 pays membres de l’institution.

Cette évaluation fait suite à une mission menée à la fin de l’année 2024 dans plusieurs prisons françaises, parmi lesquelles Fleury-Mérogis et Fresnes en région parisienne, les Baumettes à Marseille, ainsi que la maison d’arrêt de Villefranche-sur-Saône. La délégation s’est également rendue dans un établissement pénitentiaire pour mineurs à Marseille-La Valentine.

Des visites à l’issue desquelles le CPT dresse le constat d’un « accroissement de la surpopulation carcérale particulièrement alarmant ». Un engorgement chronique qui, selon les auteurs du rapport, « peut transformer une prison en un entrepôt humain ».

Selon cette même source, la très grande majorité des détenus interrogés n’aurait pas rapporté de violences physiques de la part du personnel pénitentiaire. Toutefois, le rapport fait état d’« allégations crédibles » quant à des claques et des coups, notamment à Fresnes et à Villefranche-sur-Saône. Toujours sur ce volet des violences physiques, les auteurs du rapport évoquent celles entre détenus, notamment dans « les cours de promenade », qui conduiraient des prisonniers à renoncer à « sortir de leur cellule par crainte de violence ».

Une présence « alarmante de rats, cafards et punaises de lit » à la prison de Fresnes

Sur le plan matériel, le CPT dresse un tableau contrasté, soulignant que certaines prisons, comme les Baumettes ou la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, ont bénéficié de rénovations importantes. À l’inverse, la prison de Fresnes est décrite comme un établissement aux conditions « indignes », avec des locaux et des cellules humides, vétustes et insalubres, marqués par la présence « alarmante de rats, cafards et punaises de lit ». À Villefranche-sur-Saône et dans le quartier femmes de Fleury-Mérogis, les cellules sont jugées délabrées, avec des équipements endommagés.

La mission du CPT s’est par ailleurs rendue dans une quinzaine d’établissements de police et de gendarmerie, où des conditions d’hygiène dégradées ont été relevées, avec notamment des toilettes bouchées. « Plusieurs hommes » placés en garde à vue auraient également « décrit avoir été plaqués au sol puis maintenus par plusieurs policiers, certains exerçant une pression avec leurs genoux au niveau du thorax et de la nuque, parfois avec un pied écrasant le visage », a rapporté le comité, estimant qu’une « telle technique devrait être revue » au regard d’un « risque important d’asphyxie ».

Dans leurs observations, annexées au rapport, les autorités françaises assurent vouloir « renforcer la formation » des forces de l’ordre ainsi qu’améliorer l’état des infrastructures pénitentiaires. Début janvier, le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, avait réaffirmé vouloir lutter contre la surpopulation carcérale, serpent de mer en France, via notamment la création de nouvelles places de prison.

Selon les chiffres du ministère de la Justice, au 1er décembre 2025, la France comptait 86 229 détenus pour un peu plus de 63 613 places, soit un taux d’occupation de près de 136 %. Un an plus tôt, les prisons françaises comptaient 80 792 détenus pour 62 404 places et 4 255 « matelas au sol ».

« Sur le plan de 15 000 places supplémentaires qu’a annoncées le président de la République il y a maintenant sept ans, on en a construit 5 000, il y en a 5 000 qui sont en ce moment en travaux et il y en a 5 000 que l’on va faire », avait déclaré mi-avril 2025 Gérald Darmanin.