France

Nouvelle-Calédonie : l’accord Élysée-Oudinot acte le statu quo, conclu sans les indépendantistes

L’accord complémentaire annoncé par Emmanuel Macron le 19 janvier apporte des précisions marginales à celui de Bougival de juillet 2025, tout en actant un soutien financier de l’État. Signé sans le FLNKS, il risque de raviver les tensions plutôt que de les apaiser, alors que le territoire cherche encore la stabilité après les violences de 2024.

L’accord, baptisé « Élysée-Oudinot », a été présenté comme une avancée majeure par l’exécutif et les signataires. Il complète le compromis de Bougival, qui envisage la création d’un futur État de la Nouvelle-Calédonie inscrit dans la Constitution française, sans ouvrir de voie claire à une pleine souveraineté et sans le soutien des indépendantistes du FLNKS.

Sur le plan institutionnel, les ajouts restent limités : reconnaissance explicite du préambule de Nouméa (1998) dans le bloc de constitutionnalité, affirmation que l’autodétermination s’exercera de manière « pérenne » via des transferts progressifs de compétences régaliennes (défense, justice, monnaie…), plutôt que par un référendum unique.

Un comité de suivi annuel est prévu, et un paragraphe indique que le transfert total des compétences régaliennes pourrait entraîner des discussions sur la relation future avec la France. Mais ces éléments étaient déjà implicites dans le texte précédent ; les « verrous » dénoncés par les indépendantistes (majorité qualifiée au Congrès, veto potentiel de l’État, approbation citoyenne) demeurent inchangés.

L’essentiel de l’accord réside dans le volet économique et social. L’État s’engage à maintenir les régimes sociaux essentiels (retraites, assurance maladie, électricité), à transformer une partie de la dette en subventions (notamment des prêts Covid et post-émeutes de 2024), et à verser 150 millions d’euros supplémentaires en 2026 pour les collectivités. La filière nickel, en crise, bénéficie d’un soutien pouvant atteindre 446 millions d’euros.

Ces mesures, issues d’un « protocole financier », visent à éviter la faillite des institutions locales et à rassurer les élus. Les signataires, dont l’UNI (indépendantistes modérés), Calédonie ensemble, l’Éveil océanien et les loyalistes (Rassemblement-LR), saluent un texte « pragmatique » qui « sauve les politiques publiques ».

Le principal absent reste le FLNKS, qui a boycotté les discussions, estimant que Bougival n'offrait pas de perspective réelle d'indépendance. Le mouvement se réunit en congrès fin janvier sur l’île de Maré. Plusieurs voix critiques soulignent cette exclusion : le député LFI Bastien Lachaud dénonce sur X une « méthode coloniale du fait accompli », tandis que Ségolène Royal parle d’un accord « consternant » en l’absence des représentants du peuple kanak.

La commission politique du FLNKS qualifie l’accord de « retour au principe majoritaire et à la domination coloniale », porteur de « frustration et de désordre ». Le calendrier reste ambitieux : projet de loi constitutionnelle en mars-avril, référendum en juin-juillet, loi organique à l’automne et élections provinciales avant fin 2026. Sans consensus élargi, ce processus risque de buter sur le Parlement et de prolonger l’instabilité. L’accord Élysée-Oudinot, sous ses airs de compromis, maintient surtout le statu quo institutionnel tout en achetant la paix sociale à coups d’euros.