France

Budget 2026 : Sébastien Lecornu renonce au vote et se projette vers un passage en force

Face à l’impasse parlementaire, le Premier ministre Sébastien Lecornu abandonne l’idée d’un vote ordinaire sur le budget 2026. Il tranchera d’ici le 20 janvier entre les ordonnances ou le recours au 49.3, prévoyant un texte définitif pour mi-février. Une décision risquée, rejetée par 59 % des Français selon un sondage Odoxa.

En France, le chef du gouvernement, confronté à un Parlement divisé, écarte définitivement la procédure de vote classique pour adopter le budget 2026. Il optera bientôt pour une méthode forte, soit par les ordonnances, revenant au projet initial, soit par l’article 49.3 engageant sa responsabilité, avec un horizon de mi-février pour une version finale.

Sébastien Lecornu, sous pression d’Emmanuel Macron, impatient d’en finir avec ce dossier pour se concentrer sur les enjeux internationaux, admet que le budget ne passera pas par la voie ordinaire. Cette accélération survient alors que les débats à l’Assemblée reprennent, avec plus de 3 400 amendements au menu, mais sous la menace d’un coup d’arrêt gouvernemental.

Les oppositions favorables à une dissolution, le RN et LFI, se sont engouffrées dans la brèche pour affirmer que l’exécutif avait peur du vote du budget, à l’image de la députée Laure Lavalette, candidate du RN pour les municipales à Toulon.

Un dilemme institutionnel et politique

Les ordonnances, privilégiées en privé par le président, permettraient une adoption rapide sans navette parlementaire, mais en repartant du texte initial, excluant les concessions aux oppositions. Elles exposent toutefois à des motions de censure, sans faire chuter le budget en cas de renversement du gouvernement. À l’inverse, le 49.3, que Lecornu avait promis d’éviter pour ménager les socialistes, figerait un « deal » négocié mais déclencherait une navette incompressible et risquerait une censure fatale.

L’opinion publique se montre largement hostile à ces deux options. Selon un sondage Odoxa-Backbone pour Le Figaro, 59 % des Français jugent injustifié le recours au 49.3 et 53 % s’opposent aux ordonnances. Même si 52 % ne souhaitent pas une chute du gouvernement, les craintes d’une dégradation économique (74 %) et d’une crise financière (64 %) dominent dans un pays résolument pessimiste.

Dans l’hémicycle, les débats s’enflamment sur des mesures clés : suppression de la taxe sur les holdings, prolongation de la contribution sur les hauts revenus, durcissement du pacte Dutreil excluant les biens somptuaires. Le 15 janvier, l’Assemblée a réindexé l’impôt sur le revenu sur l’inflation et prolongé l’exonération des pourboires, mais a infligé un coup de rabot de 4,9 milliards à la dotation des collectivités, via un amendement RN.

Éric Lombard, ancien ministre de l’Économie, favorable au recours au 49.3, alerte : « Il est extrêmement important d’avoir un budget fin janvier », craignant que le déficit dépasse 5 %.

Le temps presse pour Sébastien Lecornu, qui assure vouloir « ficeler le rôti » sans bâcler, mais la menace de censure plane toujours, rappelant la fragilité de son gouvernement minoritaire.