Sébastien Lecornu se trouve à la croisée des chemins en ce début d’année. Poussé par une partie de son camp à recourir au 49.3 pour faire passer son budget, le Premier ministre s’en est, pour l’heure, tenu à une menace de dissolution.
Pressions de toutes parts et risque de censure
Alors que les débats sur le projet de loi de finances reprennent le 13 janvier à l’Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu se trouve dans une situation délicate. Après l’échec de la commission mixte paritaire en décembre et l’adoption d’une loi spéciale pour éviter le blocage financier, les négociations piétinent. Le gouvernement, qui vise un déficit à 5 %, fait face à des exigences contradictoires : les socialistes réclament plus de dépenses sociales, tandis que Les Républicains poussent pour des baisses d’impôts et de dépenses.
De nombreuses voix, y compris au sein du « socle commun », appellent Lecornu à utiliser le 49.3 pour adopter le budget sans vote, exposant toutefois le gouvernement à une motion de censure. François Hollande, sur France Inter, a déclaré : « Il ne peut pas faire autrement que de déclencher un 49.3 », jugeant la dissolution «absurde» et encourageant un accord de non-censure avec le PS alors que les socialistes ont déjà refusé de censurer le gouvernement sur la question du Mercosur.
Michel Barnier, dans Le Grand Jury RTL, partage cet avis : « Sébastien Lecornu ne peut pas faire autrement que de déclencher un 49.3 », regrettant qu’il ait renoncé à cet outil dès son arrivée à Matignon.
Éric Lombard, ancien ministre des Finances, a aussi critiqué la méthode actuelle : « Cette méthode ne fonctionne pas. Il est urgent d’en prendre acte ».
Même Olivier Faure, premier secrétaire du PS, n’exclut pas cette option si un compromis préalable est trouvé, bien qu’il s’agace des appels de l’opposition au 49.3.
Les motions de censure sur le Mercosur, déposées par LFI et le RN, ajoutent à la tension. Lecornu a ainsi agité la menace d’une dissolution, ce qui a ulcéré alliés et opposants inquiets pour leur siège au Palais Bourbon.
Du côté de La France Insoumise (LFI), l’eurodéputée Manon Aubry dénonce : « La menace des législatives est une ficelle grossière agitée par Sébastien Lecornu pour sauver sa place ». Elle raille l’attitude du PS qui « s’agenouille sans rien obtenir ».
Le PS refuse en effet de voter ces motions, jugeant absurde de censurer un gouvernement opposé à l’accord. Avec les municipales en mars, Lecornu joue serré : un 49.3 pourrait sauver le budget, mais au prix d’une censure fatale.
La réunion à Bercy ce lundi vise à clarifier les positions, mais l’enlisement guette…