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Aviation : les pilotes français pourraient être privés de la formation américaine

La France envoie actuellement ses pilotes s'entraîner aux États-Unis, mais les changements apportés à la formation de la Marine américaine, notamment l'utilisation de simulateurs au lieu de véritables atterrissages sur porte-avions, pourraient contraindre la France, qui dépend des États-Unis, à chercher d'autres solutions.

La formation des pilotes français n'avait jamais suscité de doutes. Depuis le retrait de l’avion école CM-175 Zephyr [la version navalisée du CM-170 Fouga Magister] la Marine nationale française compte sur l’US Navy pour former ses futurs pilotes de chasse.

Voici comment : après avoir réussi les sélections à l’École d’initiation au pilotage, l'Escadrille 50S, l’élève officier pilote de l’aéronautique navale entame une formation initiale de neuf mois à Salon de Provence.

Suite à un tronc commun de six mois à Cognac, il peut soit poursuivre ses études à l’École de chasse, soit rejoindre la base aéronavale de Meridian dans le Mississippi pour le cursus «Full US».

Dans tous les cas, sa formation inclut un passage obligatoire par les États-Unis, où il obtient les qualifications nécessaires pour servir sur un porte-avions, notamment en volant pendant quinze mois sur un T-45C Goshawk. La formation se déroule sur une base navale près de Meridian, dans le Mississippi, où les futurs pilotes de la marine française apprennent à piloter le T-45C Goshawk. Ce programme rend toutefois la France dépendante des États-Unis.

Mais tout peut changer maintenant. 

En 2020, le Naval Air Systems Command (NAVAIR) a commencé à moderniser sa flotte d'avions d'entraînement. L'avion T-45C Goshawk, malgré son efficacité, était confronté à des défis techniques, notamment des interdictions temporaires de vol. En réponse, un projet a été lancé pour créer un nouveau système d'entraînement connu sous le nom d'UJTS (Undergraduate Jet Training System).

Le 31 mars, un document dévoilant la nouvelle approche américaine a été publié. Il implique l'utilisation de simulateurs plus avancés qui éliminent le besoin d'atterrissages réels sur un porte-avions. Les candidats au remplacement du T-45C Goshawk sont probablement le Boeing T-7A Red Hawk, le Lockheed Martin/Korea Aerospace Industries TF-50N et le Textron Aviation Defense/Leonardo promu M-346.

«En raison des progrès réalisés dans les modes d’atterrissage des plateformes opérationnelles et de la simulation au sol, les aéronefs de type UJTS ne seront plus requis que pour des exercices d’appontage sur le terrain», explique la Marine américaine. Ainsi, les candidats potentiels n'auront plus besoin de suivre des mises à jour complexes telles que l'ajout d'un train d'atterrissage et d'un crochet de queue renforcés.

Ce qui est une amélioration pour les États-Unis devient un inconvénient pour la France, car cela soulève la question de savoir si la Marine française doit continuer à envoyer ses pilotes s'entraîner aux Etats-Unis. Étant donné que les nouvelles exigences en matière d'avions d'entraînement excluent la nécessité d'atterrir sur un porte-avions, les pilotes français ne pourront probablement pas utiliser cette partie du programme pour acquérir les qualifications nécessaires.

Le remplacement du T-45C Goshawk est prévu pour 2027. D'ici là, la question de savoir s'il est pertinent pour la France (qui dépend toujours des programmes de formation américains) d'envoyer ses pilotes aux États-Unis reste ouverte.