France

«Tourner la page Macron et Mélenchon» : Glucksmann en guerre ouverte avec LFI

Tête de liste du Parti socialiste aux élections européennes, Raphaël Glucksmann demande à la gauche de rompre avec La France insoumise, provoquant de vives réactions chez les députés mélenchonistes.

«Le secret c’est le courage [...]. Il faut tourner la page Mélenchon.» Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire Le Point ce 20 août, le président du parti Place publique et tête de liste du Parti socialiste (PS) aux élections européennes Raphaël Glucksmann a invité les partis de gauche à rompre avec La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon.

À quatre jours de la rencontre du président de la République avec les chefs de parti et de groupe à l’Assemblée, ces propos font l’effet d’une bombe à gauche, les élus mélenchonistes n’ayant guère tardé à réagir.

Raphaël Glucksmann «sort de son silence pour servir l’agenda d’Emmanuel Macron en voulant revêtir le rôle de diviseur de la gauche. Pathétique mais pas surprenant.» Le député LFI Thomas Porte n’a pas mâché ses mots après les déclarations de Raphaël Glucksmann et n’a pas hésité à mettre en doute son manque de militantisme : «Cet individu jamais vu dans une seule manif contre la réforme des retraites, contre le génocide à Gaza, ni sur un piquet de grève.»

«Pathétique mais pas surprenant» : les Insoumis en colère

Son collègue Arnaud Saint-Martin souligne de son côté le moment choisi par l’eurodéputé et affirme que celui-ci vise à «saboter le travail de construction collective à quelques jours de la rencontre prévue à l’Élysée». Le choix du moment et la manière sont mis en cause : «Le faire en mode pseudo humble et responsable, dans un magazine de droite dure bien heureux de réveiller l’aile droite du PS et les macronistes objectifs. Pas merci, M. Gluksmann.»

Glucksmann jette un pavé dans la mare du NFP : «Jupiter et Robespierre, c’est fini !»

En s’en prenant directement à LFI, Raphaël Glucksmann présente sa vision de la gauche, à mi-chemin entre Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, une synthèse qu’il appelle ainsi de ses vœux : «Ce sera la social-démocratie, et non un succédané du macronisme ou un avatar du populisme de gauche, qui fera face au lepénisme.» De manière plus lyrique il s’emporte même : «Jupiter et Robespierre, c’est fini !», renvoyant dos à dos les deux personnalités concernées.

Celui dont la liste avait atteint près de 14% des voix aux élections européennes, disposant d’autant de députés que le centre macroniste, explique son soutien passé au NFP au nom «d’une unité d’action électorale contre l’extrême droite». Ciblant directement Jean-Luc Mélenchon, il dénonce la démarche du fondateur de LFI qui voudrait selon lui «être candidat à la présidentielle, le plus tôt possible, quitte à ouvrir la voie à l’extrême droite».

Pas avare de critiques vis-à-vis des mélenchonistes, Raphaël Glucksmann n’épargne pas non plus ses camarades socialistes : «Les autres partis de gauche n'ont pas autant travaillé [que LFI] et ont progressivement développé un sentiment d'infériorité politique, intellectuelle et même psychologique.»

L’eurodéputé avait déjà révélé par le passé des divergences profondes avec les Insoumis mais aussi avec les communistes sur les questions internationales. Considéré comme atlantiste par ses détracteurs, il s’était notamment montré très favorable à un soutien français de l’Ukraine. Sa prise de position pourrait précipiter une rupture à gauche alors que les tensions sont déjà palpables depuis que les Insoumis ont réclamé la destitution du président sans qu’aucun autre parti du NFP ne défende cette démarche.