France

Rachida Dati éclaboussée par une affaire impliquant le Qatar

La mairie du VIIe arrondissement de Paris a été perquisitionnée le 27 juin. Le bureau de l’ancienne ministre Rachida Dati était visé dans le cadre d’une enquête sur la séquestration supposée d’un lobbyiste au Qatar.

C’est une affaire impliquant politique et football qui éclabousse la maire du VIIe arrondissement de Paris, Rachida Dati. L’ancienne ministre de la Justice sous la présidence Sarkozy a vu sa mairie, et plus particulièrement son bureau, perquisitionné le 27 juin. Dans le même temps, les cabinets de trois avocats, Francis Szpiner, Renaud Semerdjian et Olivier Pardo, ont également fait l’objet d’une perquisition.

En janvier, une information judiciaire avait été ouverte suite à des accusations d’enlèvement, de séquestration et de torture contre un lobbyiste franco-algérien, Tayeb Benabderrahmane. Une affaire dans laquelle on retrouve également le président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi.

Dati accusée d'avoir fait étouffer l'affaire

En août 2022, Benabderrahmane portait plainte en France, affirmant avoir été arrêté plus de deux ans plus tôt, en janvier 2020, au Qatar. Il aurait passé six mois en prison dans la monarchie du Golfe avant d’être assigné à résidence puis autorisé à partir. Lors de sa détention, il dit avoir été interrogé par des officiers concernant des documents qui auraient été en sa possession et qui seraient de nature compromettante pour le président du PSG, club de football propriété de l’émir du Qatar. Avant de quitter Doha, le lobbyiste affirme avoir signé un document l’interdisant de divulguer le contenu de ces fameuses pièces. Un protocole transactionnel qui serait, selon lui, «largement déséquilibré».

Le volet impliquant hypothétiquement la maire LR du VIIe arrondissement Rachida Dati et deux avocats ne concernent cependant pas l’arrestation mais la libération de Tayeb Benabderrahmane. Ce dernier a ainsi accusé par voie de presse l’ancienne ministre, dont il fut proche, d’avoir aidé à sa libération et à l’étouffement de l’affaire et d’avoir même touché 600 000 euros du Qatar dans l’affaire. Il l’a aussi accusée d’avoir imposé à la famille maître Pardo. Le lobbyiste ajoute qu’une autre ancienne ministre, sous le quinquennat Hollande, serait impliquée en la personne de Yamina Benguigui. Les deux anciens responsables politiques auraient servi d’intermédiaire dans l’affaire.

Des «élucubrations de maître chanteur» selon les proches de Dati

L’entourage de Rachida Dati, cité par Le Figaro, qualifie ce témoignage de Tayeb Benabderrahmane d’«élucubrations de maître chanteur». Et d’ajouter que les juges d’instruction ayant perquisitionné le bureau de la maire du VIIe arrondissement n’ont rien trouvé… De son côté, la majorité socialiste au Conseil de Paris s'est immédiatement emparée de l'affaire, notamment par la voix de son chef de cabinet.

Quant à maître Pardo, il est accusé par son ancien client Tayeb Benabderrahmane de lui avoir fait signer sous la contrainte, et à distance, l’accord au Qatar. Maître Szpiner est lui visé pour avoir cosigné ce «protocole transactionnel» en qualité d’avocat du président du PSG.

Une affaire de sextape ou de corruption ?

Selon une note de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) consultée par Le Figaro, il pourrait tout simplement s’agir d’une vidéo embarrassante pour le président du PSG, Nasser Al-Khelaïfi. Ainsi, Tayeb Benabderrahmane disposerait-il d’une vidéo de ce fidèle de l’émir avec sa maîtresse.

L’autre hypothèse envisagée par les enquêteurs concerne d'hypothétiques conversations entre l’ancien secrétaire général de la FIFA et l’émir du Qatar Tamim ben Hamad Al Thani, relatives à l’organisation de la Coupe du monde 2022 ou à des questions d’attribution de droits TV.

En septembre 2022, Tayeb Benabderrahmane avait été mis en examen après l’ouverture d’une information judiciaire pour trafic d’influence et corruption. L’affaire concernait le club du PSG et le lobbyiste était visé par des soupçons de chantage à l’endroit de Nasser Al-Khelaïfi à propos d’informations compromettantes dont il aurait disposé sur celui-ci.

Cités par Le Figaro, les avocats de Tayeb Benabderrahmane estiment que l’enjeu des procédures en cours est de «déterminer qui était au courant de la détention illicite» de son client. Au-delà de ce dernier, c'est l'environnement du club de football qui pourrait être secoué.

Le Qatar est déjà au cœur d'un scandale avec le «Qatargate» qui secoue le Parlement européen. Quant à l’ancienne ministre, elle a été mise en examen pour «corruption passive» et «recel d’abus de pouvoir» dans une enquête sur ses prestations de conseil auprès de l’ex-PDG de l’alliance Renault-Nissan, Carlos Ghosn.