France

Corruption en France : l'ONG Anticor dans la tourmente

L’association de lutte contre la corruption Anticor a perdu son agrément le 24 juin. Ses dirigeants et une partie de la classe politique s’insurgent contre cette décision. D’autres pointent du doigt le manque de transparence de l’ONG.

«La France est la seule démocratie où, pour lutter contre la corruption, il faut demander l’autorisation de le faire» : Elise Van Beneden, présidente de l’association de lutte contre la corruption Anticor, n'a pas mâché ses mots après la décision d’une juridiction administrative d’annuler l’agrément reçu par l’association en 2021.

L’appareil judiciaire remet en effet en cause le caractère désintéressé de l’association, après que deux anciens membres d’Anticor ont porté l’affaire devant les tribunaux.

Des oppositions mobilisées…

Les premières réactions ne se sont pas faites attendre à gauche. L'Insoumise de Seine Saint-Denis Raquel Garrido a ainsi déclaré : «C’est simple, être anti-anticor, c’est être pour la corruption.» Proche de l’association, elle était présente lors de la conférence de presse de sa présidente le 23 juin.

Son homologue de la Somme François Ruffin a pour sa part remis en perspective cette décision avec la récente dissolution des Soulèvements de la Terre et avec la menace d’évincer Éric Coquerel de la présidence de la commission des finances. Le député estime ainsi que «quelque chose se passe en macronie, qui rime de moins en moins avec démocratie».

A droite aussi, des voix se sont élevées pour dénoncer la perte de l’agrément, notamment celle du président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, Olivier Marleix, qui a rappelé que sans l’action d’Anticor, «il n’y aurait pas eu d’enquête ouverte sur Alstom ou  MSC/ Kolher». Le député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan a également tenu a apporté son soutien à Anticor.

… mais aussi des détracteurs

Si les personnalités politiques qui ont évoqué l’affaire ont largement défendu l’ONG, des voix se sont néanmoins aussi élevées pour rappeler le caractère partisan de l’association. Son cofondateur Eric Halphen, ancien magistrat comme l’ensemble des responsables de l’association, est perçu par certains comme un militant de gauche. Ainsi, l’avocat Régis de Castelnau a-t-il souligné, sur son site vududroit.com, que les cibles d'Anticor se situaient généralement à sa droite, mais aussi que l’association servait de «tremplin pour tenter d’accéder à des responsabilités». Selon lui, l’origine de ses ressources relèverait d’une «opacité préoccupante».

Parmi ses détracteurs, on retrouve à gauche l'avocat Juan Branco, également venu plaider l’annulation de l’agrément, évoquant une association «plus corrompue encore que ceux qu’elle dénonce». L'avocat des Républicains Henri de Beauregard s'est montré également critique sur une association qui viserait plus des cibles politiques que la lutte contre la corruption.

Les deux anciens membres de l’association à l’origine de l’action devant le tribunal administratif dénonçaient l’importance prise par un donateur milliardaire, un certain Hervé Vinciguerra, proche un temps d’Arnaud Montebourg. Ils évoquaient en outre la proximité de la présidente avec le site d’information Blast, très ancré à gauche et dont la présidente d’Anticor est cofondatrice.

Affaire judiciaire ou affaire d’Etat ?

L’avocat des anciens membres d’Anticor n’est autre que l’ancien président de la Ligue de football professionnelle Frédéric Thiriez. Avocat au Conseil d’Etat, c’est un proche d’Emmanuel Macron, qui lui avait demandé de plancher sur la réforme de l’ENA en 2019. Un élément qui ne passe pas auprès des défenseurs d’Anticor.

Anticor dispose désormais de diverses voies de recours pour récupérer son agrément. L’ultime recours sera la demande auprès de l’exécutif qui se fait normalement auprès du ministre de la Justice. Cependant, Anticor ayant déposé plainte contre ce dernier pour une affaire de conflit d’intérêt, c'est Elisabeth Borne qui devrait trancher.

Au-delà du fond de l’affaire, c’est-à-dire de la gestion de l’association Anticor, c’est la procédure d’agrément qui montre ses limites. Certains, à l’instar de l’Observatoire de l’éthique publique, proposent que celui-ci soit remis par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique.