France

«Lunaire» : Macron repris à la volée après ses propos sur la hausse du pouvoir d'achat des smicards

Mettant en avant son bilan économique, le président de la République a entre autres affirmé que le salaire minimum avait progressé comme jamais ces dernières années, s'attirant les railleries et les sarcasmes des oppositions et des syndicats.

Il ne s'agissait pas du sujet central de l'interview d'Emmanuel Macron ce 22 mars sur TF1 et France 2, mais, au-delà de la réforme des retraites, le président a vanté son bilan en matière économique et sociale. «Jamais les smicards n'ont autant vu leur pouvoir d'achat augmenter depuis des décennies», a-t-il ainsi affirmé, une phrase qui a fait bondir oppositions et syndicalistes.

«On a augmenté ces 18 derniers mois le Smic [...] de 9,5%, plus que l'inflation. Néanmoins, il faut entendre ce que nous disent nos compatriotes qui manifestent sur ce sujet qui n'est pas celui des retraites, mais du travail qui doit payer», a complété le président, regrettant aussi que certains salaires minimum de branche soient en-dessous du Smic.

«Jamais les pauvres n’ont été aussi heureux et les Français aussi contents!!», a ironisé le député du Rassemblement national Sébastien Chenu.

«Qu'ils sont ingrats ces pauvres qui ne voient pas tout ce que Macron fait pour eux !», a pareillement moqué l'eurodéputé Gilbert Collard sur Twitter.

«Cet homme vit en dehors de toute réalité» et «n’a rien compris» a riposté  Jean-Luc Mélenchon, rappelant entre autres que les députés de la majorité avaient refusé de voter l’alignement des salaires minimum de branche sur le Smic lorsque les élus de gauche l’avaient proposé à l’Assemblée nationale en juillet 2022.

La hausse du Smic à mettre en perspective avec l'inflation 

Selon les calculs de BFM TV, le salaire minimum horaire a augmenté sur les 18 derniers mois de 1,02 euro, soit de presque 10%, et donc davantage que les 9,5% avancés par le chef de l'Etat. Parallèlement, la hausse des prix calculée par l'Insee s'est établie à 5,2% sur l'ensemble de l'année 2022.

Si les propos du président ne sont pas inexacts, ils omettent cependant le fait que des hausses nettement plus fortes touchent les produits alimentaires et l'énergie, frappant plus directement le portefeuille des plus bas revenus, un point qui revient régulièrement dans les réactions aux propos d'Emmanuel Macron.

Une nouvelle hausse du salaire minimum pourrait d'ailleurs intervenir dès le mois de mai, d'après le magazine économique Capital. Un mécanisme de revalorisation automatique est en effet prévu lorsque l'indice des prix augmente d'au moins 2% par rapport à l'indice constaté lors de la dernière évolution du montant du Smic, un seuil qui pourrait être rapidement franchi.

Cet ajustement est distinct des coups de pouce ponctuels que le gouvernement peut décider d'accorder – il a été «peu enclin» à le faire, relève Capital – ainsi que de la revalorisation automatique qui intervient le 1er janvier.

Les syndicats exaspérés par l'intervention du chef de l'Etat 

Plus globalement, les syndicats ont été ulcérés par la prise de parole d'Emmanuel Macron : le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez n'a ainsi pas pris de gants en évoquant des «aberrations totales» et un discours «lunaire» tenu par le président de la République.

Il lui a reproché entre autres de ne retenir que les cotisations salariales dans les sources possibles de financement des retraites, omettant celles du patronat. «Soit il a une méconnaissance totale de notre système et là c'est très grave, soit il se fout de notre gueule», a tancé le patron de la CGT.

Philippe Martinez a en outre jugé «proprement scandaleux» la comparaison établie par le chef de l’Etat entre les manifestations actuelles et l’envahissement du Capitole aux Etats-Unis à la suite de l’élection de Joe Biden. «C'est une provocation», a renchéri à ses côtés François Hommeril, le patron de la CFE-CGC, qui s'est dit globalement «très choqué» par l'interview du chef de l'Etat. Ce dernier a ajouté qu'Emmanuel Macron faisait «comme si rien ne s'était passé depuis deux mois, comme si la Terre s'était arrêtée de tourner». «Il est parti sur la Lune, peut-être qu'il était avec Thomas Pesquet, je ne sais pas, quelque part dans la navette spatiale...», a moqué le patron du syndicat des cadres. 

Visé directement par le président au cours de son interview pour des positions passées sur la réforme des retraites, le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a pour sa part évoqué un «mensonge» d'Emmanuel Macron visant à «masquer son incapacité à trouver une majorité pour voter sa réforme injuste».