Entretiens

Jean-Frédéric Poisson : Les Occidentaux ont sonné le glas de leur présence en Syrie (INTERVIEW)

Le président du Parti chrétien-démocrate a livré à RT France son point de vue sur la position française sur les dossiers ukrainien et syrien. En outre, selon lui, les relations franco-russes s'amélioreront avec la levée des sanctions contre Moscou.

Interviewé par RT France, Jean-Frédéric Poisson a livré sa compréhension de la situation internationale et, notamment, sur les relations entre la Russie et la France. Le président du Parti chrétien-démocrate et ancien candidat à la primaire de la droite et du centre en 2016, estime que «depuis l'affaire de l'Ukraine, nous [la France] sommes mal embarqués».

Comme d'habitude les Américains et les Allemands nous font faire des bêtises en matière de politique étrangère dès qu'on passe la frontière est de l'Europe

«Nous avons suivi la politique que souhaitaient les Allemands et les Américains. Comme d'habitude les Américains et les Allemands nous font faire des bêtises en matière de politique étrangère dès qu'on passe la frontière est de l'Europe. Le président [François] Hollande n'a pas su prendre les distances qui s'imposaient à l'égard de ces deux grands Etats [...] C'est très dommageable», a-t-il estimé, au sujet de la politique occidentale sur le dossier ukrainien.

Jean-Frédéric Poisson assure également que «le vrai point de discorde entre nos deux pays [la France et la Russie] c'est la question des sanctions». D'après l'ancien député chrétien-démocrate, il existe une «perspective nette d'amélioration» dans les relations franco-russes qui se réalisera lorsque le président de la République française annoncera la levée des sanctions économiques anti-russes.

«Nous sommes toujours dans les mêmes errements sur la Syrie»

Sur le dossier syrien, Jean-Frédéric Poisson regrette que la position du Quai d'Orsay n'ait pas beaucoup changé depuis l'élection d'Emmanuel Macron en mai 2017 et que la France ne soit pas alignée sur la position russe, «qui est la seule [position] sage» sur cette question.

Nous avons, nous Occidentaux, par nos positions diplomatiques, [...] sonner le glas de notre présence dans cette partie du monde

«Nous sommes toujours dans les mêmes errements par rapport à notre vision du Proche-Orient et de la Syrie», déplore-t-il. Jugeant malvenues les menaces de frappes françaises en Syrie formulées par Emmanuel Macron, le président du parti chrétien-démocrate estime qu'il convient d'éviter «tout ce qui peut fragiliser le rétablissement d'un Etat syrien souverain».

Et l'ex-député de condamner la politique syrienne de l'Occident de ces dernières années : «Nous avons, nous Occidentaux, par nos positions diplomatiques [...] sonné le glas de notre présence dans cette partie du monde, pour un temps au moins, et nous avons d'une certaine façon perdu le peu d'influence que nous pouvions y conserver.» 

Proposer un front anti-Macron au-delà des partis

Jean-Frédéric Poisson a également livré son analyse de la situation politique en France. «Il n'y a plus d'offre politique structurée» selon lui depuis l'élection d'Emmanuel Macron. L'explosion du Parti socialiste, la déroute de la droite et le consensus au centre autour de La République en marche (LREM) aurait laissé un vide, notamment pour «tous les Français [...] critiques à l'égard de la construction européenne».

Le président du Parti chrétien-démocrate estime qu'une grande partie des Français est attachée aux mêmes valeurs que son parti : ceux qui «sont d'accord pour accueillir les musulmans pacifiquement mais ne veulent pas que l'islam se mette à conquérir l'Occident.» Il concède néanmoins qu'aucune formation politique structurée n'incarne cette position.

Expliquant sa stratégie politique, il assure avoir tiré les enseignements de la réussite d'Emmanuel Macron, qui avait, selon lui, proposé un consensus large sur des valeurs générales (en l'occurrence libérales et européennes) en se contentant de dire aux Français : «Le reste, on s'en arrangera.» Jean-Frédéric Poisson entend donc faire de même et rassembler, «au-delà des partis politiques», tous ceux qui veulent que «la personne [soit] une valeur dominante par rapport à la valeur du marché».

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