Economie

Ukraine : le conflit pourrait coûter jusqu'à un point et demi de croissance à l'Europe selon l'OCDE

Dans une interview au JDD, une responsable de l’OCDE estime que le conflit en Ukraine pourrait coûter de 1 à 1,5 point de croissance en 2022. L’inflation déjà en forte hausse pourrait, elle, augmenter encore de 2 à 2,5 points de pourcentage.

Interrogée par Le Journal du dimanche au sujet de l’impact possible du conflit ukrainien sur l’économie européenne, Laurence Boone, économiste en chef de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), estime que la croissance  pourrait diminuer «de 1 à 1,5 point», mais précise que «le degré d’incertitude est élevé».

Quant à l’inflation, elle pourrait selon la représentante de l’organisation «augmenter encore de 2 à 2,5 points». Dans son interview, Laurence Boone explique que «les prix de l’énergie ont explosé partout, de même que les prix alimentaires». Et, selon l’économiste, la guerre peut affecter «non seulement les récoltes de cette année, mais peut-être aussi celles de 2023». 

Malgré tout, la représentante de l’OCDE se veut rassurante en avançant que «le choc n’est pas comparable à celui subi dans les années 1970, parce que les institutions sont différentes». Elle prévoit que l’inflation restera élevée cette année mais pourrait commencer à ralentir en 2023, en fonction de l’évolution de la guerre.

Les inquiétudes de Laurence Boone pour la croissance économique des Etats membres de l’Union européenne est partagée par la Banque centrale européenne (BCE) qui dans son dernier bulletin daté de mars pense aussi que le conflit «aura un impact important sur l'activité économique et l'inflation en raison de la hausse des prix de l'énergie et des matières premières, de la perturbation du commerce international et d'un affaiblissement de la confiance». 

Une inflation record

La BCE ajoute que «l'ampleur de ces effets dépendra de l'évolution du conflit, de l'impact des sanctions en vigueur et d'éventuelles mesures supplémentaires». Ainsi, l’institut monétaire de Francfort redoute que «dans un scénario défavorable dans lequel des sanctions plus strictes seraient imposées à la Russie, entraînant une certaine perturbation des chaînes de valeur mondiales, une hausse des coûts de l'énergie et des réductions temporaires de la production de la zone euro, [..] la croissance de la zone euro serait 1,2 point de pourcentage inférieur au niveau de référence en 2022 [qui est pour le moment de 3,7%]».

Pour la zone euro, les estimations préliminaires de l’inflation du mois de mars font état d’une hausse des prix selon l’indice harmonisé, HICP (qui permet les comparaisons entre pays européens) de 7,5% en variation sur un an après 5,9% en février, un résultat de nouveau supérieur aux anticipations du consensus (6,7%). En Allemagne, l’inflation a atteint 7,6%, selon l’indice harmonisé, un plus haut depuis les années 1970. En Espagne, le chiffre a même été plus élevé, à 9,8%, un record depuis plusieurs décennies également. En France, les prix augmentent moins fortement, (+5,1%) sur un an en mars, ce qui marque une accélération de 0,9 point de pourcentage par rapport à février.