Economie

Les crypto-monnaies privées de type bitcoin «vont disparaître», selon le chef économiste de Natixis

Invité du service public radiophonique, Patrick Artus a réveillé les auditeurs en prédisant la disparition des crypto-monnaies privées. Il a aussi jugé «ridicule» le débat sur la «dette Covid» car, selon lui, «elle n’existe pas».

Patrick Artus est catégorique − à défaut d’être absolument précis − quand il évoque, ce 25 mai au matin sur France Culture, les crypto-monnaies privées, de type «bitcoin» qui, selon lui, vont disparaître. «Dans cinq ans, dans dix ans, on n'en parlera plus. Parce que ça ne peut pas marcher !», assène-t-il.  

Le chef économiste du groupe issu de la fusion des groupes Caisse d’Epargne et Banque populaire, avance que le minage – ou création de nouvelles unités de crypto-monnaies – va finir par stagner à cause de coûts de plus en plus en plus élevés. Cette situation, en aboutissant à une stagnation de l’offre de crypto-monnaies, provoquerait «des variations [de cours] de plus en plus gigantesques» où le prix n’est plus que le reflet volatil de la demande.

Pour l’économiste, ces crypto-monnaies ne peuvent pas acquérir une part de marché significative des placements parce que «les humains n’ont pas envie de placer une partie importante de leur épargne dans un actif dont la valeur peut être divisée par deux ou doubler».

Pour Patrick Artus, la menace vient aussi des Etats, qui sont en train de créer leurs propres crypto-monnaies publiques, et «veulent détruire les crypto-monnaies privées pour que les leurs prennent la place». Convaincu que les jours du bitcoin sont aujourd’hui comptés en Chine, et que ce sera bientôt le cas aux Etats-Unis, il ne remet, en revanche, pas en cause le développement de la technologie dite de la blockchain qui permet l’administration décentralisée, entre autres, d’une monnaie. Mais cela concernera selon lui des crypto-monnaies, elles aussi administrées par les banques centrales, comme la monnaie fiduciaire. «Ce qu’on aura dans notre téléphone portable, ce sera de l’Euro […] du crypto-Renmimbi [ou e-yuan]», résume-t-il.

«Essentiellement» spéculatifs 

Ultime ourlet au costume de la crypto-monnaie privée taillé pour l’hiver par l’économiste de Natixis : les crypto-monnaies privées sont un type d’actif «essentiellement» spéculatif qui disparaîtra car il est «sans intérêt […], ne finance pas l’économie et ne verse pas de revenu».

Une charge tempérée par Nicolas Chéron, stratégiste marchés pour Zonebourse.com, lui aussi invité ce matin sur France Culture, et témoin de la bulle haussière de 2017 sur le marché des crypto-monnaies. Il raconte la «surmédiatisation d’un phénomène et une entrée massive de particuliers qui ne connaissaient rien au bitcoin […] et des prix qui partaient en parabolique» et confie : «Je me suis dit : "on est dans une nouvelle crise des tulipes [référence à l’explosion d’une bulle spéculative sur les bulbes de tulipes en Hollande au début du XVIIe siècle] ça va retomber tout seul."»

Mais il observe aujourd’hui une «maturation de cet écosystème» et souligne que «cette classe d’actifs […] pèse plusieurs centaines de milliards de dollars » (quand Amazon à lui seul vaut près de 1 800 milliards de dollars soit environ 1 500 milliards d’euros). En outre, il défend l’idée que les banques, auxquelles il reste souvent à se déterminer par rapport aux crypto-monnaies, vont sans doute tenter d’avoir leur mot à dire.

On ne rembourse pas une dette qui n’existe pas !

L’économiste de Natixis, qui présentait sur France Culture son ouvrage co-écrit avec la journaliste Marie-Paule Virard, La dernière chance du capitalisme (éd. Odile Jacob), interrogé au passage sur l’endettement aggravé des économies occidentales par la crise du Covid, a répété son analyse qui tranche nettement avec le consensus institutionnel.

«On a financé les déficits publics par de la création monétaire, ce qui d’ailleurs rend complètement surréaliste le débat sur la dette. Il n’y a pas de dette COVID 19 […] on ne rembourse pas une dette qui n’existe pas ! », avance Patrick Artus. Un point de vue qui repose sur l'explication du mécanisme de création monétaire, selon lequel, tel qu'il le décrit : «La dette a été aussi vite détruite qu’elle a été créée, parce qu’elle a été rachetée par les banques centrales».