Economie

Baisse de la production industrielle en Allemagne : un prélude à la récession ?

L’Insee allemand vient de confirmer le ralentissement de la production industrielle au second trimestre. Il publiera dans une semaine les chiffres de la croissance, et les économistes attendent au mieux une stagnation.

Destatis, l’institut allemand des statistiques, vient d’annoncer d’assez mauvaises nouvelles pour l'économie du pays : la production industrielle allemande a poursuivi sa chute en juin et recule de 1,4% par rapport à mai, où elle n’avait cru que d’un petit 0,1% par rapport au mois précédent. Mais surtout, sur un an (de juin à juin), la baisse cumulée a atteint 5,2%. 

Seul le secteur de la construction, toujours dynamique, empêche une chute encore plus brutale.

«Le plongeon continu de la production est inquiétant», a commenté pour Reuters Alexander Krüger, économiste de la banque privée Bankhaus Lampe, ajoutant que la récession du secteur industriel risquait de se poursuivre avec l’escalade des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine.

Les deux premières économies mondiales sont en effet des destinations clés pour les exportations allemandes, ce qui se traduit par un impact disproportionné de leur conflit sur l’économie de l’Allemagne. «Plus cela durera, plus il sera probable que d’autres secteurs de l’économie soient entraînés à leur tour dans la baisse. Les prévisions de croissance pour l’Allemagne pourraient être de nouveau réduites», a ajouté Alexander Krüger.

Sur l’ensemble du deuxième trimestre, la production industrielle allemande a reculé de 1,8%, un mouvement qui a touché notamment la production de métaux et d’équipements industriels ainsi que l’automobile, précise le ministère de l’Economie.
Les chiffres mensuels des commandes à l’industrie ont pourtant dépassé les attentes mais, le ministère a mis en garde contre tout excès d’optimisme en soulignant que les statistiques de juin avaient profité de quelques gros contrats isolés et que le secteur était encore loin de la reprise.

Stagnation ou recul en vue pour le PIB allemand au 3e trimestre

L’économie allemande, dans son ensemble, devrait avoir au mieux stagné au deuxième trimestre, et les derniers indicateurs publiés sur le climat des affaires suggèrent qu’elle pourrait se contracter au troisième trimestre en raison des conflits commerciaux, des incertitudes sur le Brexit et du ralentissement de l’économie mondiale dans son ensemble. Le gouvernement allemand prévoit pour l’instant une croissance de 0,5% du produit intérieur brut (PIB) sur l’ensemble de cette année espérant un rebond à 1,5% en 2020. Des chiffres à peine plus élevés que pour l’Italie (+0,2% et +1,4%).

L’Insee allemand ne donnera les chiffres d’évolution du produit intérieur brut (PIB) au second trimestre que le 14 août, mais pour Andreas Scheuerle, économiste de DekaBank, les chiffres de la production industrielle suggèrent une contraction de 0,2% du PIB après une croissance de 0,4% pendant les trois premiers mois de l’année. «Nous supposons qu’il s’agit du prélude à une récession technique», estime par exemple Andreas Scheuerle. Une «récession technique» se définit par deux trimestres consécutifs de recul du PIB.

Plus rapide que les instituts officiels, le cabinet IHS Markit, basé à Londres et qui publie un indice mensuel en interrogeant les directeurs d’achat a, lui, noté un nouveau recul en juillet de la production dans l’ensemble de la zone euro qui atteint son plus bas niveau depuis 2012. «Le secteur des service a continué de soutenir l'expansion de la zone euro à l'entame du troisième trimestre mais il y a des signes montrant que l'étendue de la contraction dans l'industrie commence à avoir des effets», a commenté Chris Williamson, chef économiste chez IHS Markit.

Grâce au nouveau SMIC et à la consommation, l'Espagne tire son épingle du jeu

A propos de l’Allemagne, le cabinet londonien observe en juillet une nouvelle baisse de l’activité tous secteurs marchands confondus (industrie et services) qui confirme la mauvaise tendance du second trimestre et la probable entrée en récession de la première économie de la zone euro au troisième trimestre. En France, les mesures prises en fin d’année 2018 en réponse à la contestation des Gilets jaunes continuent de soutenir l’activité, même si l’on observe un léger ralentissement dans les services. 

C’est finalement l’Espagne, quatrième économie de la zone euro, qui continue de tirer la moyenne des pays ayant adopté la monnaie unique. C’est en grande partie, là aussi, grâce à des mesures en fonction des bas salaires, avec la hausse début janvier de 22% du SMIC ibérique. Le pays reste toutefois confronté à un des taux de chômage les plus importants de l’Union européenne et de la zone euro à 14%, alors qu'en Allemagne, il est descendu à 3,4%.