Economie

En Inde, Pepsico s’inquiète de l’affaire des producteurs pirates de la patate à chips FC5

Un procès pour piratage de semences de pommes de terre brevetées secoue le monde agricole indien. Il oppose la filiale du géant de l’agroalimentaire américain Pepsico à neuf agriculteurs en pleine période d'élections cruciales pour le pays.

Les dirigeants de Pepsico et de son bureau pour la région Asie-Pacifique ont exprimé leur inquiétude devant les poursuites engagées par leur filiale indienne contre des agriculteurs de l’Etat du Gujarat, dans le nord-ouest du pays. Pepsico  India a en effet attaqué en justice neuf d’entre eux pour avoir cultivé, illégalement selon la filiale, sa variété de pomme de terre brevetée FC5, cultivée pour ses chips de sa marque Lay's.

Pepsico India réclame à quatre d’entre eux 10 millions de roupies (125 000 euros) de dommages et intérêts chacun, et aux cinq autres 2 millions de roupies (25 000 euros) chacun.

Le géant de l'alimentation et des boissons, qui a été vertement critiqué par les syndicats d'agriculteurs, des militants d’organisations et sur les médias sociaux, a demandé à son unité indienne de résoudre le problème au plus tôt et à l’amiable, selon The Economic Times, principal quotidien économique anglophone indien. 

Pepsico India affirme ne faire que «défendre les intérêts de milliers d’autres agriculteurs indiens qui participent [à son] programme collaboratif de culture de la pomme de terre». Les agriculteurs incriminés affirment de leur côté que la loi de 2001 pour la protection de la biodiversité et des droits des agriculteurs autorise à «conserver, semer, récolter, échanger, partager ou vendre ses produits agricoles, y compris les semences d'une variété protégée».

Le contexte particulier des élections législatives indiennes

Cette affaire a pris une ampleur particulière, en partie en raison des élections législatives dont les scrutins régionaux se succèdent depuis le 11 avril et doivent prendre fin le 19 mai prochain. Les agriculteurs ont reçu le soutien du BJP, le parti du Premier ministre Narendra Modi au pouvoir, et du Congrès, parti historique actuellement dans l'opposition.

Selon des informations parues dans les médias indiens, Nitin Patel, vice-Premier ministre du Gujarat et membre du parti du Congrès, a reçu des délégations d’agriculteurs le priant d’intervenir, et a demandé au tribunal d’Ahmedabad (capitale économique du Gujarat) de participer à la défense de la cause des agriculteurs.

Pour le chef du Congrès, Ahmed Patel, la décision de la filiale indienne de Pepsico de poursuivre en justice les producteurs de pommes de terre du Gujarat est «une violation du droit des agriculteurs en vertu de la loi de 2001 pour la protection de la biodiversité et des droits des agriculteurs».

Le 26 avril, sur son compte Twitter, Chowkidar Tajinder Pal Singh Bagga, porte-parole du BJP s’est fait, lui, franchement menaçant en fixant un ultimatum de 72 heures à Pepsico pour retirer sa plainte sous la menace de déclencher un boycott de tous les produits de Pepsico en Inde, soit une quarantaine de marques parmi lesquelles les boissons Pepsi, Tropicana, plusieurs marques de chips et les céréales Quaker.

Après l’audience du 27 avril devant le tribunal civil d'Ahmedabad, la filiale indienne de Pepsico a proposé aux agriculteurs un règlement à l'amiable. La société leur demande de s'engager à ne plus utiliser de graines de sa variété de pomme de terre brevetée et les invite à rejoindre le fameux «programme collaboratif» ou à cultiver d’autres variétés de pommes de terre. Une prochaine audience aura lieu le 12 juin prochain.

Le Gujarat est connu pour être le champ de patates de l’Inde, avec une production annuelle de 3 millions de tonnes sur 120 000 hectares.