Economie

Venezuela : Guaido vise les comptes «escrow» de PDVSA pour financer le renversement de Maduro

Des rumeurs d’ouvertures chez Gazprombank de nouveaux comptes au nom de Petroleos de Venezuela (PDVSA) ont été démenties. Mais l’ouverture aux Etats-Unis de comptes bancaires nourris par les saisies étasuniennes d’actifs vénézuéliens est confirmée.

Gazprombank, la filiale de Gazprom, a démenti le 10 février des rumeurs d’ouverture de nouveaux comptes bancaires aux noms des co-entreprises que la compagnie pétrolière d’Etat Petroleos de Venezuela SA (PDVSA) a créées avec des entreprises étrangères. Parmi elles l’Americain Chevron, le Français Total et le Russe Rosneft.

Dans un communiqué cité par l’agence de presse Reuters, la banque russe explique que tous ses comptes au nom de PDVSA ont été ouverts il y a déjà plusieurs années et ajoute : «Nous soulignons qu’aucun nouveau compte n’a été ouvert et que la banque n’a pas prévu d’en ouvrir de nouveau.»

La veille, l’agence américaine, s’appuyant sur «des sources et un document internes consulté samedi [le 9 février] par Reuters» avait publié une dépêche dans laquelle elle affirmait que «PDVSA, société pétrolière publique du Venezuela, demand[ait] aux clients de ses co-entreprises pétrolières de déposer le produit de la vente sur un compte récemment ouvert dans la zone de contrôle de Gazprombank Russie».

Elle expliquait aussi que la décision de PDVSA faisait suite aux nouvelles sanctions financières décidées par les Etats-Unis le 28 janvier, visant à priver l’Etat vénézuélien des revenus pétroliers du pays.

En revanche, du côté de Juan Guaido, l’ouverture aux Etats-Unis de comptes bancaires liés à l’activité pétrolière du Venezuela est confirmée. Le 6 février Juan Guaido a annoncé qu’il utiliserait un fonds basé aux Etats-Unis pour percevoir une partie des revenus pétroliers du pays, dans le but de financer ses efforts visant à renverser le président Nicolas Maduro.

Un fonds américain alimenté par les saisies d'actifs vénézuéliens

Ce fonds serait alimenté par les différentes saisies pratiquées par la justice américaine sur les revenus générés par PDVSA, et en particulier ceux de sa filiale Citgo, détenue par l’Etat vénézuélien mais enregistrée à Houston au Texas.

Le conseil d’administration de cette filiale, comprend au moins deux citoyens américains, Art Klein et Rick Esser, qui en auraient été exclus le 11 février sur décision de la direction de l’entreprise d’Etat vénézuélienne selon une information de Reuters qui n’a toutefois pu obtenir de confirmation auprès des personnes intéressées.

A ce jour, les exportations de pétrole du Venezuela n’ont pas encore totalement été totalement interdites par la justice américaine, mais Washington impose que les paiements effectués par les raffineurs clients de PDSVA se fassent sur des «escrow accounts» (comptes sous séquestre) auquel PDVSA n’aura pas accès tant que son conseil d'administration ne sera pas aux mains de personnes de représentants de l'opposition ayant l’aval de Washington.  

Les principales entreprises américaines de raffineries comme les filiales des groupes Chevron, Halliburton, Schlumberger, Baker Hughes and Weatherford International utilisent le brut livré par PDVSA et sont encore autorisées à le faire pendant plusieurs mois. Mais en raison des dernières sanctions américaines, le gouvernement vénézuélien bloque dans le golfe du Mexique tous les cargos pétroliers à destination des Etats-Unis pour lesquels n’auraient pas été effectués de prépaiements.

Le cas de Citgo est particulier car l’entreprise a conclu des accords de prêts avec des partenaires internationaux comme la compagnie pétrolière russe Rosneft. Jusqu’ici, Citgo a scrupuleusement respecté ses échéances de remboursement mais pourrait être acculée au défaut d’ici la fin du printemps en raison du gel d’une partie de ses avoirs par la justice américaine. Dans ce cas, la question de cession d’actifs en contrepartie des sommes non-remboursées pourrait être posée.

Les actifs vénézuéliens du russe Rosneft menacés

La confrontation directe entre la politique suivie par les Etats-Unis vis-à-vis du pétrole vénézuélien et la Russie est même une éventualité sérieuse. En effet Rosneft, entreprise détenue à 69,50% par l’Etat russe, l’un des premiers producteurs mondiaux de pétrole au monde, opère au Venezuela et a également octroyé des prêts à PDVSA, adossés à des approvisionnements en pétrole.

Selon Rosneft, PDVSA a remboursé l’équivalent de 500 millions de dollars (environ 443 millions d’euros) au troisième trimestre de l’année dernière, l’encours restant étant évalué à 3,1 milliards de dollars (2,75 milliards d’euros). Rosneft détient également une participation de 49,9% dans un prêt d'environ 1,5 milliard de dollars accordé à Citgo en 2016.

Enfin, Rosneft, dont le président, Igor Setchine, se rend fréquemment au Venezuela, participe à plusieurs projets pétroliers dans le pays. La production totale de pétrole issue de ces projets était de 8 millions de tonnes en 2017, soit 161 000 barils par jour. La part de Rosneft qui détient des participations dans l’exploitation de cinq gisements était de 3 millions de tonnes, selon les derniers documents de Rosneft accessibles au public, soit l’équivalent de 60 000 barils par jour.

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