Economie

Crise bancaire italienne : lâchée par l'UE, Rome s'apprête à renflouer toute seule la Monte Paschi

Après avoir échoué à se refinancer sur les marchés financiers, et après le refus de la BCE de lui accorder plus de temps, le sauvetage de la Monte Paschi par les contribuables italiens apparaît comme la dernière solution possible pour éviter le pire.

La Banca Monte Paschi di Siena (BMPS) semble se diriger vers un renflouement par l'Etat italien. Le parlement italien en a déjà accepté le principe en votant à 389 voix contre 134 une (grosse) enveloppe de quelque 20 milliards d'euros afin d'éviter que les banques italiennes, et au premier chef la BMPS, ne s'effondrent. De quoi charger encore davantage le fardeau d'une dette nationale de plus de 2 360 milliards d'euros, soit 130% de son produit intérieur brut.

La plus vieille banque du monde est toujours sous perfusion, et, après l'échec du référendum porté par Matteo Renzi, la Banque centrale européenne (BCE) se montre intransigeante. Matteo Renzi était en effet le garant des réformes économiques – dont celle du marché du travail – que Bruxelles exigeait en échange de son soutien au banques italiennes.

Non-assistance de la BCE

Le 9 décembre 2016, la banque centrale refusait ainsi à la Monte Paschi, troisième plus grande banque italienne, un délai supplémentaire pour se renflouer. Sur les 5 milliards nécessaires pour parer au plus pressé, la BMPS n'avait réussi à lever qu'un seul petit milliard, un fonds d'investissement souverain du Qatar initialement pressenti n'ayant finalement pas contribué au pot. La BCE a ainsi jugé qu'un report du délai au 20 janvier 2017 ne servirait à rien et a invité l'Etat italien a renflouer lui-même la Monte Paschi, et le cas échéant les autres établissements bancaires de la péninsule en difficulté, telle Unicredit ou la Banca Popolare.

Les banques italiennes ont en effet besoin d'aide et c'est urgent. Plombées par leur 360 milliards d'euros de dette, leur faillite toucheraient des milliers de petits épargnants, mais ce n'est pas tout. Avec un effondrement des banques italiennes, c'est le secteur bancaire européen dans son ensemble qui est menacé. Derrière l'«arbre italien», se cache une forêt de banques grevées par des «créances douteuses» et des «prêts non performants», appellation pudique pour des actifs pourris, c'est-à-dire qui ne seront probablement jamais recouvrés.

Rome seule, malgré l'Union bancaire européenne

L'Italie s'emploie depuis juin 2016 à ce que ses banques ne soient pas le premier domino de l'après-Brexit, de faillites en cascades qui entraîneraient le secteur bancaire européen tout entier dans la tourmente.

Afin de parer à des faillites systémiques, le parlement de l'Union européenne a voté en avril 2014 la création d'un Mécanisme de supervision unique (MSU), dispositif de surveillance qui implique une nouvelle délégation de souveraineté au profit de l'entité supranationale européenne. Le MSU fait de l'Union européenne le tuteur en dernier ressort des banques européennes. Mais, en réalité le MSU est en fin de compte adossé à la Banque centrale européenne.

En clair : le dispositif n'intervient que si la BCE donne son accord et accepte de fournir les «liquidités» – en réalité de simples lignes d'écriture de monnaie électronique, alias planche à billet – nécessaires pour racheter les créances douteuses des banques. Quel que soit le jargon utilisé, l'Union bancaire européenne pose la BCE en tuteur des banques européennes, dont nombre sont plombées par les titres de dette souveraine – celle émise par les Etats – qu'elle détiennent. Une dette d'ailleurs émise après la crise financière de 2008 afin de renflouer... les géants bancaires, précisément considérés comme «too big to fail».

Alexandre Keller

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