Economie

La probabilité du Brexit met les banques italiennes au bord de la faillite

C'est une conséquence inattendue du référendum anglais : la première victime du Brexit n'est pour l'instant pas l'économie du Royaume-Uni mais celle de l'Italie. Plombé par ses créances douteuses, le sytème bancaire italien dévisse en bourse.

C'est une lettre de la Banque centrale européenne (BCE) demandant à la banque de réduire de 30% le montant de ses créances douteuses en trois ans qui a déclenché le massacre des valeurs bancaires sur le marché de Milan. Fondée en 1472, la Monte dei Paschi, la plus ancienne banque du monde, a dévissé de près de 13 %, entraînant l'ensemble des autres valeurs bancaires italiennes et faisant craindre un écroulement du système bancaire italien. La capitalisation boursière de la vénérable Monte dei Paschi a ainsi quasiment disparu depuis 2007.

Le secteur bancaire italien a trop – et mal – prêté, et les débiteurs italiens sont trop nombreux à être insolvables. On estime que 17 % des créances italiennes sont irrécouvrables. Le bilan des banques italiennes est ainsi grévé par quelque 360 milliards d'euros de «prêts non performants», selon l'euphémisme d'usage qui désigne ces créances douteuses, en clair : qui risquent de ne pas être remboursées par les emprunteurs. Un chiffre qui représente, pour donner un ordre de grandeur, un quart du PIB italien.

Le Brexit aggrave une situation déjà critique

Mais, tandis que la Bourse de Londres bat des records, la perspective d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne aggrave encore la situation des banques italiennes. Des analystes, et parmi eux ceux du Wall Street Journal, estiment que le référendum britannique du 23 juin va impacter l'économie italienne et plomber la croissance. Ce qui aurait, toujours selon la rationalité des marchés financiers, pour effet de diminuer encore la capacité des emprunteurs à rembourser leurs dettes. Les lois italiennes sont par ailleurs particulièrement favorables aux mauvais payeurs et le système judiciaire est lent. Les créanciers doivent ainsi attendre jusqu'à huit ans pour obtenir un jugement et un éventuel recouvrement.

Les marchés estiment ainsi que près de 200 milliards de crédit ne seront pas remboursés. Les banques disent avoir endossé leurs pertes en portant ces prêts irrécouvrables dans leurs comptes avec une décote de 55 %. Mais les opérateurs boursiers ne sont pas de cet avis et estiment que ces créances ne valent pas plus de 20 % de leur valeur initiale, ce qui explique la sanction sur les marché et l'écroulement des cours et de la capitalisation même des banques italiennes.

La Banque centrale européenne accroît la pression sur les banques

L'Europe a institué en 2014 des règles qui interdisent aux Etats de renflouer les banques. Mais dans le même temps, les fameux stress-tests mis en place à l'échelle européenne obligent ces mêmes banques non seulement à présenter plus d'actifs en regard de leurs engagements, mais aussi à mieux intégrer dans leur comptes les dettes non recouvrables.

Le gouvernement italien estime ainsi qu'une aide de 40 milliards d'euros aux banques italiennes pourraient leur permettre de sortir de l'ornière. Rome demande aux autorités européennes de faire une exception, faisant ainsi valoir qu'un soutien aux banques italiennes permettrait d'éviter la contagion de la crise bancaire aux autres pays fragiles de l'Union européenne, tels que le Portugal ou l'Espagne. Les secteurs bancaires de ces pays souffrent en effet beaucoup, après des années d'inflation de la bulle du crédit, notamment du crédit immobilier en ce qui concerne l'Espagne.