«L’UE pourrait fonctionner différemment, si elle change de priorités», selon Ignazio Corrao

Un retour de l'Italie à sa propre devise nationale serait-il envisageable ? Ignazio Corrao, deputé du Parlement européen et membre du Mouvement 5 étoiles, présente sa vision de l'avenir de l'UE et de son propre pays.

RT : Pourquoi croyez-vous qu’il vous faudrait avoir notre devise nationale ?

Ignazio Corrao : Depuis le début de notre activité nous croyons en la démocratie directe. Les Italiens se disent souvent que personne ne leur a demandé s’ils voulaient accéder à la zone euro. Les hommes politiques et les experts de l’époque disaient au peuple italien qu’avec l’euro tout le monde irait mieux, serait plus riche, qu’il faudrait travailler moins pour gagner plus. Mais le contraire est arrivé au fil des années. Ainsi, nous partons du principe qu’on ne peut pas gouverner un pays sans avoir sa propre devise. La gouvernance de l’euro, désormais, c’est quelque chose de privé, dont s’occupent les banques privées et c’est extrêmement éloigné des besoins des citoyens normaux que nous voudrions protéger et défendre. C’est pour cela qu’on propose aux Italiens de discuter de la question de notre propre devise. Nous ne disons pas qu’il faut quitter l’euro, nous proposons de tenir un référendum pour savoir si les gens le veulent ou pas, car il n’y en a pas eu au moment de l’introduction [de l’euro].

RT : Qu’est-ce qu’un changement de devise apporterait aux économies ?

I. C.: Je crois que les hommes politiques ont commis une grande erreur il y a quelques années. Il n’est pas correct de croire qu’on puisse gouverner des pays différents sans union politique et juridique mais avec une devise commune. Cela pourrait marcher en Russie ou aux Etats-Unis, mais pas en Union européenne. Cela a donné lieu à des situations différentes. Certains pays comme l’Italie ont perdu, au sein de l’UE, de leur puissance. C’est la raison principale pour laquelle on voudrait en discuter.

 Si on pose la question aux citoyens européens, ils vont tous répondre que cette union ne marche pas

RT : Si vous réussissez dans cette entreprise, qu’est-ce que vous projetez de faire par la suite ?

I. C. : Nous croyons que l’UE pourrait fonctionner différemment, si elle change de priorités. Si on pose la question aux citoyens européens d’Italie, de France ou d’Espagne, ils vont tous répondre que cette union ne marche pas. Le référendum sur la zone euro pourrait probablement être le premier pas pour réfléchir sur le maintien de l’UE. Il faudrait probablement exiger plus sérieusement des réformes importantes. Il faut réfléchir à l’économie réelle et à la dignité des citoyens européens – ce que les institutions européennes ont complètement oublié en prenant les décisions dans les couloirs. C’est inacceptable. 

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