Economie

Premier ministre malaisien à RT : l’ASEAN prêt à examiner un accord de libre-échange avec la Russie

Najib Razak, Premier ministre malaisien, a noté dans son interview à RT que le sommet «historique» à Sotchi a montré la volonté de créer un accord de libre-échange entre l’ASEAN et l’Union économique eurasiatique, considéré comme contrepoids au TPP.

Lors d’un entretien avec le correspondant de RT Daniel Bushell en marge du troisième sommet des pays membres de l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) et de la Russie tenu à Sotchi, ville du sud du pays, du 19 au 20 mai, Najib Razak a qualifié l’événement d’«important». D’après lui, cela donne l’occasion de «regarder en arrière, d’où nous venons et ce que nous avons déjà accompli, mais plus important encore, regarder vers l’avenir».

Vers un accord UEEA-ASEAN ?

Un des objectifs du sommet est ce qu'un consensus clair émerge parmi les participants, visant à ce que les pays membres de l'Association élargissent leur coopération économique avec la Russie et l’Union économique eurasiatique (UEEA) dans l’objectif de créer un accord de libre-échange entre les deux blocs. L’UEEA est un ensemble commercial comprenant la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, l'Arménie et le Kirghizistan.

«Le plus important c’est d’établir un consensus au niveau de l’ASEAN comme quoi nous avons besoin de chercher sérieusement à établir un accord de libre-échange avec l’UEEA», a fait savoir le Premier ministre de Malaisie estimant que le PIB cumulé des pays membres de l’ASEAN et de l’UEEA s’élève à 3,5 trillions de dollars et leur population réunie compte 755 millions de personnes.

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Le concept d’une potentielle union économique vise exclusivement à faciliter les échanges de biens au sein de l’espace économique commun et réduire les taxes, et il n’affectera pas «les questions de souveraineté politique». Le responsable politique fait ici clairement référence à l’UE, qui a évolué d’une union purement économique en un en ensemble économique et politique.

À part l'intégration économique avec la Russie, le politicien a insisté sur l'importance du renforcement de la sécurité, ainsi que la coopération politique et culturelle, afin d’augmenter «la connectivité» dans la région.

Les sanctions, pas la panacée

Lorsque RT lui a posé la question concernant l'efficacité des sanctions en tant qu’instrument économique, Najib Razak a émis des doutes sur la pertinence d'une telle approche, surtout quand elle est imposée aveuglement à un pays dans son ensemble, comme dans le cas de la Russie.

«Même si vous voulez imposer des sanctions, elles doivent être plus ciblées», a-t-il confié, soulignant qu’entre décider de faire la guerre ou imposer des restrictions économiques, la guerre doit être évitée à tout prix. Mais cela ne signifie pas que les sanctions sont un instrument efficace à ses yeux : «Je n’y crois pas, je ne pense pas qu’elles sont vraiment effectives.»

Pour être justifiables, les sanctions ne doivent pas «vraiment faire de tort aux gens, aux masses».

«La chose la plus importante c’est de s’engager dans un processus de consultations, de négociations et d’essayer d’éviter de recourir à des sanctions, parce que je crois qu’elles font mal à plus de gens que prévu.»

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Le besoin en institutions flexibles

Conscient du besoin en institutions financières pour les pays situés dans la zone Asie-Pacifique, le chef du gouvernement malaisien a souligné le rôle de la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (AIIB), qui a été créée à l'initiative de la Chine en 2015 pour aider à «réduire le fossé de développement» dans la région et à «renforcer la connectivité en Asie dans son ensemble.»

Le mécanisme bancaire, lancé en janvier 2016, a été conçu comme une Banque multilatérale de développement (MDB), en se concentrant sur le développement de l'infrastructure en Asie. Les 57 pays qui ont signé les Articles de l’accord de l’AIIB en sont donc des membres en puissance. La Russie a ratifié les Articles le 25 décembre 2015.

La principale différence entre l’AIIB et le Fonds monétaire international (FMI) se situe au niveau de l’interférence avec les politiques internes de ses membres, le premier nommé s’abstenant de conditions préalables tel que le recours à des mesures d’austérités sévères. En effet, ces mesures se sont révélées inefficaces au cours de la crise financière asiatique de 2007-2008, «parce que les exigences étaient trop douloureuses et drastiques.»

«L’AIIB sera très différente du FMI parce que le FMI impose plutôt des conditions d’austérité et cette conditionnalité n’est pas acceptée par la Malaisie», a conclu le Premier ministre, ajoutant que la banque «n’entrera pas dans le domaine de la réglementation fiscale ou monétaire de chaque pays», au-delà de l’assurance de la solvabilité des membres bénéficiaires.

L'institution, dont la première réunion annuelle du conseil d’administration est prévue pour juin de cette année, doit «permettre de voir l’ASEAN en tant que communauté.»