Déjà fragilisé par les taxes américaines sur les voitures et l’acier, l’avenir des entreprises européennes semble incertain après l’annonce d’une augmentation de 20% des droits de douane américains sur les produits européens. À cela s’ajoute le risque pour le marché européen d’être inondé par des produits bon marché venus d’Asie.
En effet, les droits de douane élevés imposés par Washington à des pays comme la Chine (34%) et le Vietnam (46%) pourraient pousser ces derniers à chercher de nouveaux débouchés, notamment en Europe, afin de compenser leurs pertes. Pour y parvenir, ils risquent de casser les prix de leurs biens exportés, en particulier les appareils électriques et les machines.
Pour se protéger, des responsables européens ont indiqué que la Commission européenne préparait de nouveaux droits de douane d’urgence, tout en renforçant la surveillance des flux d’importation en provenance d’Asie.
Dans une déclaration au Financial Times, Robin Winkler, économiste en chef pour l’Allemagne et responsable de la recherche macroéconomique et thématique à la Deutsche Bank, a estimé que les fabricants chinois, confrontés à un mur tarifaire aux États-Unis, tenteront de vendre davantage en Europe. «Le choc commercial immédiat en Asie se répercutera probablement en Europe», a-t-il affirmé.
Des tensions à venir entre Bruxelles et Pékin
Un haut diplomate européen, également cité par le journal, a confirmé que l’Union européenne devra prendre des mesures de sauvegarde pour plusieurs de ses industries. «Nous craignons que cela ne devienne un nouveau point de tension avec la Chine. Je ne pense pas qu’ils changeront leur modèle d’exportation fondé sur la surcapacité», a-t-il confié.
À titre d’exemple, le secteur des véhicules électriques pourrait faire l’objet de droits de douane encore plus élevés, alors que les fabricants chinois sont déjà soumis à une taxe de 35% sur leurs exportations vers l’UE.
La Chine, pour sa part, semble prise à la gorge par cette série de mesures protectionnistes. L’administration Trump a en effet décidé d’ajouter une taxe de 34% aux 20% déjà en vigueur sur les produits chinois. Par ailleurs, elle cible aussi les pays utilisés comme plateformes de réexportation par les entreprises chinoises, notamment le Vietnam, désormais soumis à un tarif de 46%.
Un risque de fermeture du marché européen
Face à ce contexte tendu, Bruxelles envisage de se prémunir contre un afflux de produits asiatiques à prix cassés, qui viendraient concurrencer les industries locales.
Dans la foulée des annonces américaines, le président français Emmanuel Macron a mis en garde contre l’impact indirect de ces mesures sur l’économie européenne. Il a souligné le risque que la surcapacité chinoise soit redirigée vers l’Europe, avec des conséquences «massives» pour l’industrie du vieux continent.
Un haut fonctionnaire de la Commission européenne a confirmé cette inquiétude au Financial Times, évoquant la possibilité de fermer temporairement le marché européen en cas d’afflux soudain d’importations. «Nous appliquons déjà cette logique pour l’acier, et nous verrons si cela s’avère nécessaire pour d’autres secteurs», a-t-il précisé.