Economie

L’Allemagne prête à rouvrir ses dernières centrales nucléaires

Le spectre d’une crise énergétique en Allemagne pose une fois encore la question du nucléaire, en principe définitivement abandonné. Et toute la classe politique du pays, écologistes compris, semble prête au redémarrage des dernières centrales.

Le gouvernement allemand a fait savoir le 25 juillet qu'il trancherait «dans les prochaines semaines» sur une possible prolongation des dernières centrales nucléaires, dont l’arrêt définitif était prévu pour la fin de l’année. Pour prendre position, il s’appuiera sur un  le résultat «d'un stress-test [expertise de résistance] qui est en cours» et vise à connaître le niveau de sécurité actuel des centrales.

En mars, un premier test avait conclu que les trois centrales nucléaires encore en activité en Allemagne n'étaient pas nécessaires pour assurer la sécurité énergétique de la première économie européenne. C'est l'ancienne chancelière conservatrice Angela Merkel qui, sous la pression de l'opinion, a engagé l'Allemagne dans la sortie du nucléaire après la catastrophe de Fukushima en 2011.

Les écologistes en particulier, membres de la coalition gouvernementale du chancelier social-démocrate Olaf Scholz, ont longtemps plaidé contre tout changement de cap, la lutte contre l'atome faisant partie de l'ADN des Grünen depuis leur création il y a plus de 40 ans.

Je peux déjà l'anticiper, vous verrez que les centrales nucléaires seront prolongées en fin d'année

Mais depuis le déclenchement de l'offensive russe en Ukraine, les effets des sanctions sur la situation énergétique du pays poussent désormais la famille politique d'Angela Merkel à réexaminer le tabou de l'énergie nucléaire et à réclamer que les dernières centrales restent en activité plus longtemps que prévu.

Rester dans le nucléaire : «Pas forcément plus idiots»

Le président au Bundestag de la CDU, Friedrich Merz a été jusqu’à déclarer récemment que ceux qui comme la France avaient décidé de rester dans l'énergie nucléaire n’était  «pas forcément plus idiots» que les Allemands. «Je peux déjà l'anticiper, vous verrez que les centrales nucléaires seront prolongées en fin d'année», a-t-il ajouté.

La pression monte au sein même de la coalition gouvernementale, en provenance des libéraux du FDP. «La durée de vie des centrales nucléaires devrait être prolongée jusqu'au printemps 2024. C'est la période pendant laquelle nous risquons de manquer d'énergie», a plaidé dans l’édition datée du 26 juillet de Bild, le quotidien le plus lu en Allemagne, Michael Kruse un responsable de ce parti étiqueté à droite.

Même du côté des écologistes et des sociaux-démocrates, les propos sur le nucléaire se font moins intransigeants. Le 24 juillet, l'influente vice-présidente du Bundestag, l'écologiste Katrin Göring-Eckardt, a ainsi jugé qu'en cas de réelle situation d'urgence, l'idée de finir de consommer les barres de combustible des centrales nucléaires encore en service, permettant ainsi de prolonger leur durée d'exploitation, restait une option.

Le charbon aussi

Elle a justifié ce revirement en arguant qu’à défaut, certaines institutions critiques comme les hôpitaux, pourraient connaître des difficultés de fonctionnement. Cette possibilité a été aussi avancée par les représentants sociaux-démocrates et écologistes de Munich et de Basse-Saxe où se trouvent les centrales Isar 2 et Emsland. La troisième, Neckarwestheim 2, est située dans le Bade-Wurtemberg.

Selon le maire de Munich, Dieter Reiter, Isar 2 pourrait être exploitée jusqu'au milieu de l'année prochaine au plus tard, ce qui permettrait de «détendre la situation d'approvisionnement des habitants de Munich, même en cas d'aggravation de la situation [en Ukraine]». La ministre des Affaires étrangères écologiste Annalena Baerbock, a pour sa part estimé que la «situation d'urgence» que connaît l'Allemagne obligeait à «réfléchir à toutes les solutions».

Quant au charbon, énergie fossile la plus polluante et dont l’utilisation est aujourd’hui bannie à compter de 2030, Berlin a annoncé – «il y a quelques semaines» selon l’AFP – qu'il y aurait davantage recours pour sa production d’électricité afin de compenser la baisse du gaz russe.