Les dirigeants et les responsables diplomatiques africains se sont succédés à la tribune de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies, qui a démarré le 22 septembre dernier, pour évoquer les priorités et les urgences de leurs pays respectifs et du continent en général sur plusieurs questions liées notamment aux crises sécuritaires, à l’économie, à la justice historique, à la gouvernance, au maintien de la paix, entre autres sujets.
Le développement, la paix, la sécurité et la réforme de l’architecture financière internationale au centre des appels de l’AES
Portant la voix du Mali et de l’Alliance des États du Sahel, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a mené une offensive diplomatique, selon la presse locale, axée sur les questions du développement, de la paix et de la sécurité.
Présent également à New York, le chef de la diplomatie du Burkina Faso, Karamoko Jean Marie Traoré, a, pour sa part, profité de la commémoration du 40ᵉ anniversaire de la Déclaration des Nations Unies sur le droit au développement pour appeler à réduire les inégalités et à réformer l’architecture financière internationale. Le ministre a plaidé pour un modèle de développement endogène, souverain et durable, fondé sur la transformation locale des ressources et le renforcement des capacités nationales.
Le Niger dénonce le néocolonialisme et un plan de déstabilisation
Présent à l’Assemblée générale onusienne, le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine a abordé plusieurs sujets, comme l’effritement des relations internationales. Il a réaffirmé son soutien à la solution à deux États en Palestine, en passant par la nécessité d’un siège pour l’Afrique au Conseil de sécurité de l’ONU.
Sur le plan régional, il a qualifié la situation au Sahel de « guerre de libération » contre une recolonisation qui convoite ses ressources naturelles. Le chef du gouvernement a accusé la France et son président, Emmanuel Macron, de manipulation, d'alliances avec des proxys (ou subordonnés) locaux et d'appui ukrainien pour déstabiliser la région. Il a en outre mis en garde contre des proxys français, appuyés par l'Ukraine et deux voisins du nord-est, qui envisagent, selon lui, d'attaquer les positions militaires et les installations pétrolières du Niger, promettant une réponse ferme aux tentatives de recolonisation par la peur ou la violence.
Guinée : Mamadi Doumbouya plaide pour une gouvernance adaptée aux particularités africaines
La gouvernance, les infrastructures et la valorisation des ressources naturelles guinéennes étaient au centre du discours du chef de l'État guinéen Mamadi Doumbouya, qui a plaidé pour un modèle de gouvernance adapté aux réalités historiques, sociales et culturelles des pays africains. Dans ce registre, il a rappelé : « J'avais dit que le modèle de gouvernance importé, sans discernement, sur notre continent, peinait à porter les fruits attendus par nos populations. Je le maintiens ».
Concernant les transformations envisagées en Guinée, le président a le mégaprojet dédié au secteur minier et celui des infrastructures, Simandou 2040. La Guinée ambitionne d’exploiter l'un des plus grands gisements de minerai de fer au monde pour accompagner la transformation structurelle de l'économie guinéenne sur les années à venir.
RDC : renforcer la sécurité nationale grâce à la MONUSCO et œuvrer pour une transformation locale des ressources minières
La Première ministre de la République démocratique du Congo (RDC), Judith Suminwa, a de son côté défendu la présence de la Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) pour répondre aux réalités sécuritaires sur le terrain et pour continuer de « jouer un rôle essentiel dans la protection des civils, le suivi du cessez-le-feu et le soutien des mécanismes convenus ».
Sur le plan économique, la dirigeante du gouvernement congolais a souligné la nécessité de renforcer l’économie de son pays via la transformation locale des ressources minières. « Nous ne voulons plus être un simple rouage de l'économie mondiale ; nous voulons devenir un atelier, un laboratoire et un partenaire souverain », a-t-elle martelé, exprimant le souhait de transformer davantage de ressources stratégiques tout en formant et en soutenant les compétences locales. « Avec nos partenaires africains et internationaux, nous voulons construire des chaînes de valeur régionales compétitives qui créent des emplois, des compétences et une prospérité partagée », a-t-elle ajouté.
La Guinée-Bissau appelle à une représentation africaine plus juste et permanente
Appelant à une réforme urgente de l'architecture de gouvernance mondiale, le Premier ministre de la Guinée-Bissau, Ilidio Vieira Te, a souligné que les institutions internationales doivent refléter les réalités géopolitiques du XXIᵉ siècle et donner à l'Afrique une représentation au Conseil de sécurité de l’ONU qui soit « plus adéquate et plus efficace au sein des institutions internationales, qui jouent un rôle central dans l’élaboration des réponses aux défis de la paix, de la sécurité et du développement ».
Le chef du gouvernement bissau-guinéen a aussi réaffirmé la candidature de son pays au siège de membre non permanent au Conseil de sécurité de l'ONU pour la période 2028-2029 et appelé à la levée de l’embargo sur Cuba.