Afrique

Maroc : découverte d’un complexe agricole vieux de 5 000 ans et d’une fortification préhistorique inédite

Le site archéologique d’Oued Beht, dans le nord-ouest du Maroc, livre de nouvelles informations majeures sur la préhistoire du Maghreb. Les recherches y ont confirmé l’existence d’une importante société agricole datant de 3 400 à 2 900 avant notre ère et révélé le plus ancien système défensif connu en Afrique du Nord, hors de la vallée du Nil.

Le site d’Oued Beht, dans la province de Khémisset, s’impose comme un site majeur pour comprendre les sociétés préhistoriques du Maghreb. Les nouvelles recherches menées par une équipe internationale ont permis de documenter à la fois une importante société agricole du Néolithique final et un système défensif datant de plusieurs millénaires.

Les résultats, issus notamment de la troisième campagne de fouilles de l’Oued Beht Archaeological Project, menée en 2023, ont été publiés en septembre 2026 dans la revue Libyan Studies, éditée par Cambridge University Press. Le projet associe notamment des chercheurs marocains, britanniques et italiens.

Une société agricole de grande ampleur

Les recherches précédentes avaient déjà révélé à Oued Beht une société agricole jusque-là inconnue, active entre environ 3 400 et 2 900 avant notre ère. Les vestiges s’étendent sur près de 9 à 10 hectares, faisant du site le plus vaste complexe agricole connu en Afrique au-delà de la vallée du Nil pour cette période.

Les fouilles ont notamment livré des traces de cultures et d’élevage, ainsi qu’une importante quantité de matériel archéologique, dont des outils en pierre et des poteries. Ces découvertes témoignent d’une société déjà structurée et engagée dans des activités agricoles et artisanales diversifiées.

Les chercheurs soulignent également des similitudes avec certaines évolutions contemporaines observées dans la péninsule Ibérique, suggérant que le nord-ouest de l’Afrique participait aux dynamiques d’échanges et d’interactions de la Méditerranée occidentale préhistorique.

Un système défensif vieux de 3 500 à 4 000 ans

La troisième campagne de fouilles a également permis de résoudre une énigme archéologique vieille de plusieurs décennies. Des structures repérées dès les années 1930 sur une crête du site ont été identifiées comme faisant partie d’un système défensif composé notamment d’un large fossé et d’un rempart en terre.

Les datations au radiocarbone situent sa construction entre environ 4 000 et 3 500 ans, soit au début et au milieu du IIe millénaire avant notre ère. Il s’agit, selon les chercheurs, du plus ancien système défensif documenté en Afrique du Nord hors de la vallée du Nil.

Le dispositif profitait de la topographie naturelle de la crête pour contrôler l’accès à la partie méridionale du site. Sa construction implique une capacité à mobiliser et coordonner une main-d’œuvre importante, même si les chercheurs ne peuvent pas encore déterminer avec certitude sa fonction exacte : défense contre des attaques, contrôle des déplacements ou protection de ressources et de terres.

Un site occupé pendant plusieurs millénaires

Oued Beht témoigne ainsi d’une occupation et d’une transformation du paysage sur une très longue période. Après les occupations préhistoriques, le site a notamment connu une nouvelle phase d’utilisation au Moyen Âge, avec des structures et des aménagements datant de cette période.

Pour les archéologues, ces découvertes contribuent à réévaluer la place du Maghreb dans l’histoire des sociétés complexes de la Méditerranée occidentale. Elles apportent notamment de nouvelles données sur une période de la préhistoire nord-africaine longtemps moins documentée que celle de la péninsule Ibérique ou de la Méditerranée orientale.