Afrique

Monnaie unique : la CEDEAO maintient le lancement de l’Eco pour 2027, mais par étapes

L'organisation sous-régionale estime réalisable l'échéance pour l'application de la monnaie unique et opte pour une solution pragmatique permettant son entrée en vigueur par vagues de pays qui se sont conformés aux critères macroéconomiques.

La 14ᵉ session du Conseil de convergence, tenue en visioconférence le 7 septembre, s’est dénouée par un maintien du cap pour le lancement de la monnaie unique de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), l’Eco, en 2027, après examen des critères macroéconomiques primaires des États membres en 2025. Cette décision suit le rapport de la CEDEAO et de l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest (IMAO) qui dresse cependant un tableau bien contrasté des situations économiques des pays de la région : si certains pays sont prêts à franchir le pas de la monnaie unique, d’autres restent bien loin des critères minimaux nécessaires. Pour rappel, l’adoption de l'Eco nécessite que les États candidats disposent d'un taux d'inflation inférieur à 5 %, d’un déficit budgétaire en dessous de 3 %, d’une dette publique ne dépassant pas 70 % du produit intérieur brut (PIB) et de réserves de change capables de couvrir trois mois d’importations.

Seuls deux États remplissent les critères macroéconomiques

La situation économique de la plupart des pays membres de la CEDEAO n’est pas conforme aux critères cités plus haut. L’inflation régionale s’est établie à 16,8 % en 2025, bien loin des 5 % requis. Les déficits budgétaires s’établissent aussi à plus de 4 % pour la plupart des pays de la région, malgré certains signaux encourageants indiqués par le rapport de la CEDEAO et de l’IMAO, qui a fait état de neuf États répondant aux critères des réserves brutes extérieures (contre huit États en 2024) et de onze États remplissant le critère de financement du déficit budgétaire par la Banque centrale (ils étaient au nombre de dix durant la même année 2024).

Seuls le Bénin et le Cap-Vert avaient rempli simultanément les quatre critères primaires en 2024. Le rapport indique que six États remplissent trois critères sur quatre (alors qu’ils n’étaient que trois États seulement en 2023). Les projections pour 2025 indiquent que quatre États membres de la CEDEAO devraient être capables de se conformer aux quatre critères primaires, alors que le nombre d’États ayant atteint le seuil de conformité à trois critères devrait augmenter à huit.

Adopter l’Eco par vagues au lieu d’attendre que tous les États y aillent tous ensemble

Les disparités des États membres dans la réalisation des critères macroéconomiques ont justifié la décision pragmatique du lancement par étapes de l’Eco dans les pays éligibles et le maintien de l’objectif fixé pour 2027. Faute d'une entrée uniforme, compte tenu de l'hétérogénéité des économies, cette approche permet aux pays les mieux préparés de ne pas se laisser ralentir par les conditions politiques et économiques des autres membres.

L’IMAO a, pour sa part, poursuivi ses préparations techniques concernant l’architecture du système de paiement, les cadres de politique monétaire, les normes de surveillance bancaire et la logistique de conversion monétaire. Dans son rapport, elle a estimé que la mise en œuvre de la conversion monétaire nécessiterait un délai compris entre 18 et 24 mois, à partir de l’application de la décision politique, et un coût pouvant dépasser les deux milliards de dollars américains. De son côté, le Comité des gouverneurs a demandé une reprise rapide des travaux politiques et juridiques en suspens relatifs à l’adoption de l’Eco, alors que la task force présidentielle formée par la CEDEAO devrait résoudre les questions que les experts ne peuvent pas trancher à eux seuls. Cette task force devrait d’ailleurs se réunir avant le 70ᵉ sommet de la CEDEAO, prévu pour la fin de l’année.

La question est désormais de savoir si ce pragmatisme sera suffisant pour convaincre les marchés et les populations de la région après des années d’hésitations et de reports de l’adoption de la monnaie unique ouest-africaine, et si ce pari politique pourra enfin tenir ses promesses sur le terrain des réalités économiques.