Valises et quelques effets personnels à la main, des centaines de Burundais, principalement de jeunes hommes, ont fait la queue le 7 septembre devant l’ambassade de leur pays à Nairobi. Beaucoup disent vouloir rentrer au Burundi après les déclarations du président kényan William Ruto, qui a ordonné la fermeture des petits commerces tenus par des étrangers.
« Je ne rentre pas chez moi par choix. J'y suis forcé », a témoigné Peter Nakumujango, 62 ans, présent dans la file devant l'ambassade.
La décision de William Ruto fait suite à une rencontre avec des commerçants kényans qui protestaient contre des réformes fiscales. Le président a demandé la fermeture, à partir du 7 septembre, des petites entreprises exploitées par des commerçants étrangers.
Le ministère kényan du Commerce a précisé que la mesure concernait les étrangers travaillant sans permis de travail. Aucun signe de vaste opération de contrôle n'était toutefois visible lundi dans les rues de Nairobi. Plusieurs Burundais rassemblés devant l'ambassade ont néanmoins affirmé avoir reçu des menaces de la part de leurs voisins depuis les déclarations du président.
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), environ 16 000 réfugiés et demandeurs d'asile burundais vivent au Kenya. Nombre d'entre eux exercent de petites activités commerciales à Nairobi, notamment dans la vente de café ou de vêtements d'occasion.
« Ils devraient au moins nous donner une semaine pour nous préparer et rentrer au Burundi, ou nous aider à franchir la frontière », a déclaré Munezero Farnke, 18 ans, qui vit au Kenya depuis trois ans sans pièce d'identité et prévoyait initialement de rentrer l'année prochaine.
Des critiques contre William Ruto
La décision du président kényan suscite des critiques, certains l'accusant de faire des étrangers des boucs émissaires face aux difficultés économiques du pays, à l'approche de l'élection présidentielle de 2027, lors de laquelle William Ruto devrait briguer un second mandat.
« Lorsqu'un État n'a plus de réponses face à une économie qui s'effondre, il cherche invariablement un ennemi », a écrit l'activiste Hanifa Adan dans le quotidien Daily Nation.
Cette offensive survient quelques jours après une autre décision visant une entreprise étrangère. Jeudi dernier, William Ruto avait ordonné à Tata Chemicals de cesser ses activités au Kenya, estimant que la présence du groupe indien n'avait pas suffisamment bénéficié au pays.