Depuis le 12 juillet, la Tunisie subit des coupures d’électricité répétées. Pour éviter une panne générale lorsque le pays consomme plus d’énergie que le réseau ne peut en fournir, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) procède à des délestages, c’est-à-dire à des interruptions organisées. Elles surviennent surtout entre 13 heures et 17 heures, au moment où l’usage de la climatisation fait grimper la demande.
La chaleur n’a cependant pas créé la crise. Elle a surtout révélé des difficultés plus anciennes. La consommation progresse d’année en année, tandis que les capacités de production augmentent plus lentement. Pendant ce temps, la production nationale de gaz, principale source d’énergie du pays, a fortement diminué. À cela s’ajoutent le retard dans la construction de nouvelles centrales, le vieillissement des équipements, le manque d’entretien et les dettes de l’entreprise publique.
Cette situation relance aussi le débat sur les priorités énergétiques du pays. Plusieurs projets solaires et d’hydrogène sont principalement destinés aux marchés européens, alors que les besoins de la population tunisienne restent importants.
L’Algérie, un soutien essentiel
Face au recul de la production nationale, le gaz et l’électricité fournis par l’Algérie jouent un rôle essentiel. L’électricité importée couvre environ 13 % des besoins tunisiens. Alger livre également une part importante du gaz utilisé dans les centrales du pays.
Une panne survenue en Algérie a temporairement réduit les échanges au plus fort de la canicule. Mais cet incident n’est pas à l’origine des faiblesses tunisiennes. Les deux pays faisaient alors face à des températures exceptionnelles, et l’Algérie connaissait elle aussi un niveau record de consommation.
La coopération énergétique entre les deux voisins demeure donc un pilier du réseau tunisien. Elle permet de soutenir le pays dans les périodes de forte demande, sans toutefois remplacer les investissements nécessaires pour renforcer les capacités nationales.
Des pertes lourdes pour l’économie
Ces faiblesses ont désormais des conséquences directes pour les producteurs, les commerçants et les entreprises. Une apicultrice affirme que des coupures répétées ont provoqué une surchauffe électrique à l’origine de l’incendie de son atelier. Elle dit avoir perdu son matériel et ses stocks, alors que sept familles dépendent de son activité.
Dans une ferme avicole d’El-Fahs, dans le gouvernorat de Zaghouan, à environ 60 kilomètres au sud-ouest de Tunis, près de 90 % des volailles ont péri après l’arrêt des systèmes de ventilation et d’alimentation en eau. Entre 150 000 et 200 000 poulets auraient été perdus. Les dégâts dépasseraient 1,4 million de dinars tunisiens, soit environ 415 000 euros.
Le groupe électrogène de secours, conçu pour fonctionner seulement deux à trois heures, a fini par surchauffer. « La catastrophe s’est produite », résume un vétérinaire.
Le secteur laitier a lui aussi été touché. Environ 1 200 litres de lait ont dû être jetés faute de pouvoir être conservés. Les pâtisseries, les poissonneries et les entreprises de pêche ont également subi des pertes, notamment après la détérioration de chambres froides et la hausse du prix de la glace.
À l’échelle nationale, près de 13 % de la production de volailles auraient été perdus et environ 70 % des restaurants touchés. Dans le textile, certaines usines ont enregistré jusqu’à 55 heures d’arrêt en une semaine.
Les inquiétudes concernent aussi les hôpitaux. Les syndicats de la santé réclament des cellules de crise, un plan pour maintenir les soins en cas de nouvelles coupures et un inventaire national des groupes électrogènes.
La canicule a donc surtout mis au jour une crise plus profonde. La coopération avec l’Algérie reste indispensable, mais la Tunisie doit désormais renforcer son réseau et décider si ses futurs projets énergétiques doivent d’abord répondre aux besoins intérieurs ou aux marchés européens. Aucun bilan officiel complet des pertes n’a encore été publié.