Promouvoir la transformation locale, dans un contexte de demande mondiale croissante pour ce minerai stratégique des batteries électriques : c’est ainsi qu’Harare justifie sa décision de suspendre ses exportations de concentré de lithium. Le Zimbabwe entend maximiser la valeur ajoutée de ses ressources minières, en freinant les exportations illicites et en encourageant les investissements dans le raffinage sur place, alors que les prix du lithium flambent sur les marchés internationaux.
Premier producteur africain de lithium, avec des réserves parmi les plus importantes au monde, le Zimbabwe joue un rôle pivot dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, particulièrement pour les batteries de véhicules électriques. Selon des données officielles, les exportations de concentré, principalement vers la Chine, ont atteint 1,5 million de tonnes en 2025, générant 571,6 millions de dollars. Mais les autorités dénoncent un « pillage » accéléré : des opérateurs auraient intensifié l’extraction pour exporter avant l’échéance prévue, avec des stocks illicites repérés dans un pays voisin.
Le ministre des Mines et du Développement minier, M. P. Kambamura, a ainsi déclaré devant le Parlement, le 4 mars : « Nous avons déjà interdit l'exportation de minéraux bruts et l'exportation de concentrés de lithium […] l’industrie minière devra déclarer volontairement la composition de ses gisements et de ses mines, ainsi que celle de ses exportations. »
Nick Mangwana, secrétaire permanent au ministère de la Communication, a expliqué que la période transitoire avait eu l’effet inverse, incitant à une exploitation frénétique plutôt qu’à des préparatifs pour la valorisation locale. Cette suspension, effective jusqu’à nouvel ordre, concerne aussi d’autres minerais bruts comme l’or ou le platine, mais c’est le lithium qui attire l’attention en raison de sa criticité stratégique.
Les répercussions sont immédiates : les cours du lithium ont grimpé de plus de 5 % en vingt-quatre heures, atteignant 177 000 yuans la tonne à la Bourse de Canton, un niveau inédit depuis 2023. Bloomberg note que les prix ont doublé depuis novembre 2025, exacerbés par cette perturbation du marché. Des analystes comme Cameron Hughes, de CRU, soulignent le manque de clarté de la mesure, mais estiment que Harare cible les exportations illégales tout en accélérant la transformation locale.
Des entreprises chinoises comme Zhejiang Huayou et Sinomine avaient déjà annoncé des usines de sulfate de lithium, mais le gouvernement juge les progrès trop lents. Itai Chirume, de MMC Capital, pointe des sorties massives de concentré avant la mise en production de ces installations.
La mesure s’inscrit dans une tendance plus large observée chez les pays producteurs de minerais stratégiques. Elle rappelle celles de la RDC sur le cobalt ou de l’Indonésie sur le nickel, illustrant une tendance des pays producteurs à capter davantage de valeur ajoutée.
Pour les constructeurs automobiles, elle pourrait renchérir le coût des batteries et fragiliser la rentabilité des modèles électriques les plus abordables. Le Zimbabwe, contributeur à 11 % de la production mondiale en 2025, pourrait accentuer un déficit attendu sur le marché en 2026, selon les experts.